LA HONTE, Pluie violette

Miniature - La Honte - Pluie Violette « Pluie violette » par Romain Poligné

La Honte se repaît de niaiserie, du quotidien morne, de la beauf-attitude, du vulgaire. 

La Honte est un groupe rennais qui sillonne la Bretagne en s'autorisant parfois quelques tournées lointaines. Nombreux sont les troquets et scènes alternatives qui se sont délectés des tubes tout relatifs des musiciens : Qu'est-ce c'est le Bukake ?, Draguer des filles (sur Caramail), (Mickael a trop tuné sa) Laguna, Camping sauvage, ou encore La queue (à Pôle Emploi). Bien des évènements et festivals prestigieux ne s'y sont pas trompés en s'offrant les services de cette formation. Parmi ces festivités, rien de moins que La Fête des Connards – à laquelle nous étions tous invités, La Fête du Slip, le Tapette Fest. Proches du label Consternation ou des musiciens Cachette à Branlette et Manu Grotesque, c'est tout un champ lexical d'une drôle de loose qui accompagne La Honte. 
Pluie violette est une reprise du Purple rain de Prince avec une traduction littérale des paroles, ce qui confère au texte un surplus d'absurdes niaiseries. La Honte se repaît de cette niaiserie, du quotidien morne, de la beauf-attitude, du vulgaire. Le groupe jouit d'un joli petit succès, des fans chantent spontanément ses tubes du groupe. Il semble pourtant que l'autre versant de La Honte, sa substance touchante et attachante, est moins perceptible avec ces spectateurs déjà acquis à une cause festive. Ce serait comme dire du clip qu'il se moque uniquement du star system et de l'hystérie du fan, ça n'est pas suffisant, il y a autre chose.


Fin 2016, La Honte joue loin de ses terres dans un gros festival national. Des têtes d'affiches de renom, une salle pouvant accueillir jusqu'à 2000 personnes. Chaque groupe y va de son petit chauffage, et cela prend assez bien auprès d'un jeune public. Des pros. Vient le tour de La Honte à qui incombe la tâche de clore la soirée. Ils ont un peu bu, il fallait bien se réchauffer durant cette soirée d'hiver puisque dans la salle de boxe reconvertie en loges, on ne servait pas de café pour cause d'allergie à l'odeur d'un(e) artiste. Devant la scène 500 personnes jaugent les trois garçons à vents. Aucune tenue particulière, pulls et jean suffisent. Rapidement Charles le chanteur, voûté de fatigue, charrie la jeunesse du premier rang : Tiens prends ma clope mais fais gaffe ta mère est derrière. Le set a commencé sans aucune introduction, le bukake passe, crème entre les côtes de porc du camping sauvage. Le guitariste Mathieu se méfie de cette trop grosse scène, il joue vite. Dehors on perçoit de la musique alors on se déplace, on vient s'ambiancer. Une jeune fille prend place dans la petite foule. Elle ferme les yeux, entreprend quelques pas de danse. C'est alors qu'elle prend la mesure de la musique vintage syncopée et des paroles. Elle marque un arrêt et sort de la salle. Au fur et à mesure c'est tout le public qui lui emboîte le pas. Des insultes fusent, des doigts s'érigent. Pour le dernier morceau, Pluie Violette, il ne reste qu'une quinzaine de personnes. Charles conclut alors le set d’un Salut ! C'était La Honte et les trois garçons descendent de scène sous le regard gêné et consterné d'un autre groupe caractérisé lui aussi comme ''festif''. C'était un excellent concert de La Honte. Le contexte, le décorum, tout était réuni pour y arriver. La lassitude de Mickael qui a trop thuné sa laguna, la nostalgie de la drague sur Caramail, l'ingénuité de celui qui se demande ce qu'est un bukake, toutes ces chansons fonctionnaient au premier degré. Souhaitons à La Honte une heureuse vie émaillée d'échecs aussi relatifs... 

Édito : Léo Dazin

PLUIE VIOLETTE

réalisé par Romain Poligné (2016 - 4'48)

LA HONTE

BIOGRAPHIE
La Honte

Mathieu, Robin et Charles se rencontrent en 2007 à l'Université Rennes 2, où ils partagent leur temps entre rater leur première année et d'autres occupations plus personnelles : c'est le coup de foudre artistique. Ils se mettent à jouer ensemble mi-2013. 
Après quelques années à faire des concerts dans pleins d'endroits chouettes, en décembre 2016 c'est la consécration, on leur propose de jouer à la soirée du nouvel an du festival Chauffer dans la noirceur à Coutances, à 5h du matin, entre deux djs électroswing.

UNE CÉRÉMONIE FUNÉRAIRE MONDIALE

NOTE D'INTENTION

Le décès de Prince, en avril 2016, lui qui avait tant travaillé son image de star planétaire, cette disparition allait générer un flot de vidéos d'actualité, de réactions à chaud et de dossiers en hommage à la carrière du musicien. 
Il m'est alors apparu intéressant d'utiliser ces images pour en faire un clip, non tant sur Prince lui-même, que sur la machine médiatique face à un évènement comme celui-ci. Comme si les médias et les réseaux sociaux avait spontanément mis en forme une espèce de cérémonie funéraire à l'échelle mondiale, avec les questions que cela soulève comme ce que c'est que d'être "fan", l'idée de "deuil public", etc. 
Ainsi, dans la forme il s'agit d'un found footage d'images récupérées sur différentes plateformes comme Youtube, Dailymotion ou encore des sites de différentes chaînes de TV du monde.

Romain Poligné

CRÉDITS

musique     La Honte

réalisation     Romain Poligné

ESPACE PARTICIPATIF

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