Le verbe et la manière

Oscar Yana peint Mikhael Brun

La valorisation et à la préservation des savoir-faire des métiers d'art est un enjeu crucial dans une époque où ces pratiques coûteuses en temps risquent de disparaître au profit de solutions fournies par les nouvelles technologies. Que ce soit au sein de manufactures, d’ateliers de restauration des musées, de confection de décors et de costumes des théâtres et des opéras, il s’agit de veiller à la transmission de ces savoirs.

C’est ce qu’a fait Mikhaël Brun Brun, en éprouvant ses talents de jeune cinéaste à l’observation et à la restitution sous forme de courtes vidéos du geste et de la parole de quelques artisans d’art alors regroupés aux Ateliers du bout du monde, en rade de Lorient. À chacun•e sa personnalité, un univers esthétique bâti à partir de matériaux spécifiques accommodés par un savoir-faire sans pareil.

INTENTION

En direct de l’atelier

par Mikhaël Brun

Oscar Yana peint Mikhael Brun

Je suis fasciné par les documentaires montrant le travail d’un artiste ou d’un artisan. Des mains en train de tisser, polir, dessiner, peindre, graver ou façonner... L'envie de capter la précision de ces gestes m’a poussé à la porte des Ateliers du bout du monde à Lorient, un espace de travail aujourd’hui fermé, qui regroupait une dizaine d’artistes en tous genres.

Pour réaliser un portrait d’environ cinq minutes, je passe une journée à filmer, seul. Je me fais discret, je ne demande aucune mise en scène et n’utilise pas de lumière artificielle. Je veux simplement être le témoin d’un moment authentique. En fin de tournage, j'enregistre un entretien avec la personne. Après une journée entière passée ensemble, elle se livre, parle de ses inspirations, ses envies et ses doutes.

DORIAN GLEHEN

Dans ce film, Dorian nous accueille dans son salon de tatouage à Lorient. Nous assistons à la création du dessin puis au tatouage d’un portrait de femme. Les portraits réalistes, il en a toujours réalisé, de sa formation aux Beaux-arts de Quimper à son métier de tatoueur. Il nous raconte son parcours, nous partage ses inspirations et nous révèle ses envies de proposer une autre manière de tatouer, de prendre le temps de trouver, avec les mots, les images et les symboles, le tatouage qui conviendra parfaitement.


INTENTION
Dorian, c’est mon tatoueur. On a donc passé ensemble plusieurs heures à discuter. J’ai découvert chez lui une sensibilité et une approche du tatouage unique. J’ai eu tout simplement envie de partager cette passion qui l’anime à travers des images. Comme à mon habitude, je me fais discret, je ne demande pas de mise en scène, je m’adapte et n’utilise pas de lumière artificielle afin de capter des moments authentiques. En fin de tournage, je l’interviewe. En même temps, je lui propose de dessiner le carton de fin du film un film de Mikhaël Brun. En dessinant, Dorian est à l’aise et répond naturellement à mes questions.

BIOGRAPHIE

Dorian est tatoueur et gérant du salon lorientais Black Hills Tattoo à Lorient. Ancien élève des Beaux-arts de Quimper, il tatoue depuis plus de 10 ans. Il a remporté plusieurs prix aux conventions de Quimper, Sochaux et Saint-Brieuc. Maître du crayon comme de l’aiguille, il crée en 2019 Lunulae, un cabinet culturel de tatouages pour personnes patientes.

FRANÇOIS KERNEN

L’annulation de leur festival Unis sont nos cultures ne les a pas empêchés de se réunir pour peindre ensemble ce week-end symbolique. Ces crews de graffeurs bretons ont tenu à graffer des fresques XXL dans l’ancienne fourrière municipale de Lorient sur le thème des civilisations disparues. Tant qu’il y aura des artistes graffeurs à Lorient, il y aura des graffitis ! affirme François alias Ezra. Ils le savent, leurs œuvres ont de l’écho à Lorient et ils aimeraient que la ville leur fasse confiance et leur propose un lieu pérenne dédié à la culture graffiti.


INTENTION

C’est lors d’une séance photo avec un artiste danseur de breakdance dans la zone du port de pêche de Lorient que j’ai rencontré Mickaël alias Kaz et François alias Ezra. Ils étaient en train de finir de grapher une immense fresque post-apocalyptique dans l’ancienne fourrière municipale aujourd’hui malheureusement fermée pour des raisons de sécurité. Curieux, je réalise un premier reportage sur ce duo. Quelques mois plus tard, ils me rappellent pour me proposer de couvrir un Jam Graffiti, un week-end à peindre entre amis graffeurs, organisé à la place du festival Unies sont nos cultures, dédié au métissage artistique de cultures évoluant en marge des réseaux institutionnels, annulé lui aussi pour des raisons de sécurité. Admirateur de leur travail, j’accepte évidemment l‘invitation et je passe trois jours avec ces différents crews de graffeurs bretons, amateurs pour certains et professionnels pour d’autres, à filmer l’évolution de leur peinture, observer les différentes techniques et inspirations de chacun.

BIOGRAPHIE

Graffeur professionnel par passion, cet ancien animateur socioculturel est venu au graffiti voici une vingtaine d'années. C'est consécutivement à un accident du travail qu'il a choisi de se professionnaliser dans le graffiti et ce depuis 2014. Il intervient aujourd’hui auprès de particuliers, de mairies, de collectivités, d’associations, de festivals, d’entreprises et de structures scolaires, éducatives. Il lie donc ses casquettes artistique et pédagogique afin de vivre de son art. Autodidacte, il s’est spécialisé dans la réalisation de fresques XXL et travaille lettrages, décors, personnages et agencements graphiques dans l’optique de lier impact visuel et esthétisme. Il est aujourd'hui reconnu comme un des graffeurs bretons les plus actifs, en témoigne sa sélection en 2018 comme artiste international pour l'un des plus gros festivals graffiti européens, le Meeting of styles de Wiesbaden (Allemagne). Activiste de la scène graffiti locale, il est l’organisateur des premières rencontres graffiti lorientaises (2007 et 2008). Il est également le créateur et l'animateur du festival Unies sont nos cultures qui a permis, entre 2009 et 2017, la réalisation des fresques gigantesques qui font la renommée du quartier de la Perrière à Lorient. Avec Kaz, Ezra a créé le collectif Diaspora crew qui regroupe une quinzaine d'artistes bretons de niveau international ayant tous pour passion la réalisation de fresques murales de grande taille. Ce collectif est intervenu dans le cadre de projets street-art de dimension internationale tels que le festival Just do paint de Saint-Brieuc ou encore le projet DeDalE, musée éphémère à Vannes, le festival Urban giant de Milan...

OSCAR YANA

Dans ce film, Oscar nous raconte son parcours, de sa jeunesse en Amérique du Sud à son arrivée en Europe et plus précisément à Lorient où il vit désormais. Lorsqu’il était enfant, il voyageait beaucoup avec son père. Ses différents voyages à la découverte d’autres cultures et de manières de penser, lui ont ouvert l’esprit et l’ont rendu plus riche dit-il. Il ne fait aucun doute que ses œuvres sont aujourd’hui tirées de cette richesse culturelle et ouverture d’esprit.


BIOGRAPHIE

Artiste plasticien et musicien, Oscar Yana a vécu jusqu'à ses 22 ans entre la Bolivie et le Pérou, sur les hauts plateaux andins. Il part ensuite en Espagne et au fil des rencontres se retrouve en France où il vit désormais. À travers ses créations plastiques, Oscar Yana nous parle d'histoire et de son histoire. Son œuvre tout entière s'inscrit dans un va et vient entre modernité et tradition.
Puisant son inspiration dans les figurines et motifs picturaux des cultures andines méconnues de Nazca (3e-4e siècle) et de Tiahuanaco (3e-5e siècle) il les transfigure par des techniques artistiques occidentales, tout en préservant l'absence de perspective caractéristique des œuvres ancestrales.
Curieux, ouvert au monde, à tous les mondes, Oscar Yana nous renvoie à travers son œuvre foisonnante à la question de nos origines, de notre identité. Au fil du temps il affirme une écriture très personnelle, brouillant subtilement les codes d'une lecture purement exotique de son œuvre.

MARIE AURILLON

Dans ce film, Marie Aurillon, designer textile, révèle sa manière de créer des motifs destinés principalement à l’ameublement. La création sur ordinateur bride sa créativité. Ses dessins sont donc réalisés à la main. Le travail est plus long et les motifs moins réguliers, mais l’émotion et la personnalité qui s’en dégagent motivent Marie dans ce choix du slow design.


BIOGRAPHIE
Marie Aurillon est une designer textile. Diplômée des Métiers d’art en textile option tissage à l’École supérieure des arts appliqués Duperré et d’une licence de designer textile et surface à l’École supérieure d’art Françoise Conte, elle débute sa carrière chez IKKS Women, en tant que graphiste textile.
En 2012, elle s’installe en Bretagne et, désireuse d’une plus grande liberté dans ses créations, elle fonde sa propre activité, en tant qu’indépendante.
Sa particularité réside dans la diversité des techniques développées (linogravure, aquarelle, gouache, matière, teinture…). Elle utilise des teintures et des matériaux naturels : pâtes d’argile, ligatures, pliage, etc.
Elle travaille actuellement pour un studio de dessins textiles où tous les dessins sont réalisés à la main. Sa production est principalement dirigée vers l’ameublement, ses dessins étant vendus à Casamance, Carré blanc, Calvin Klein…

FAUSTINE HAMOUM

Faustine Hamoum, plasticienne, travaille souvent ses œuvres sous forme de séries. Elle dévoile deux séries sur le thème de la science-fiction, dans lesquelles elle utilise deux techniques différentes : le collage et la sculpture. Elle s’inspire de romans d’anticipation, post-apocalyptiques mais aussi de son environnement : la zone du port de pêche de Lorient en perpétuelle déconstruction/ construction.


BIOGRAPHIE

Née à Nantes en 1981, Faustine Hamoum vit et travaille à Lorient. En 2006, elle obtient le Diplôme national d'art plastique de l'ESA Lorient avec mention du jury et, en 2008, le Diplôme national supérieur d'expression plastique avec félicitations du jury. En 2009 elle obtient le Post-bac certificate de la Pont-Aven School of comtemporary art. Depuis 2010, Faustine enseigne les arts plastiques.

DÉBORAH LE BLEIS

Déborah Le Bleis confectionne des bijoux et accessoires avec des plumes naturelles, source inépuisable de formes, de couleurs et de textures. Elle tire profit de son expérience dans le monde du spectacle pour métamorphoser la plume et la sublimer au gré de ses compositions. Chaque plume est sélectionnée selon des critères qui varient en fonction des types de créations. Coq, oie, paon, faisan, pintade, mais aussi coq grizzly,


épéronnier, wyandotte, tragopan, geai, coq de Sonnerat, paon blanc, perdrix ou encore dindon bronzé, des noms étranges ou poétiques pour des plumes chamarrées aux multiples formes, couleurs et reflets. Assemblage, taille, ébarbage, frisure, teinture, collage, plume, plumet, huppe, jabot, crête, collerette, rachis, barbule, reflet, irisé : la plumasserie a son propre vocabulaire. Les plumes utilisées proviennent de différentes sources : boutiques spécialisées, plumes de mue naturelle ou récupération auprès de particuliers. Chaque pièce est unique et réalisée à la main.

BIOGRAPHIE

Déborah Le Bleis a étudié aux Beaux-arts à Lorient pendant cinq ans. Elle mène ensuite un cursus de technicien des métiers du spectacle, option costume/habillage, au cours duquel elle apprend la couture adaptée au costume de scène. Elle travaille alors dans le monde du spectacle vivant en tant qu'habilleuse, couturière, costumière. En parallèle, en 2012, elle crée sa marque : Blue feather costumes. À l'époque elle crée des costumes pour des spectacles et des vêtements de style rétro et vintage. Sa marque devient Blue feather en 2013 quand elle commence la plumasserie en autodidacte. Forte de son expérience artistique, elle apprend en observant, en testant, en ressentant son matériau. Elle commence la plumasserie en faisant des barrettes. C'est alors que la magie opère : un amour nait de cette rencontre avec ce matériau capable de l'émouvoir au plus profond tant il y a de beauté(s) dans les plumes !

LUCILE DROUET

Lucile Drouet crée et travaille le textile. Dans son atelier lorientais (aujourd’hui à Doëlan), elle produit des matières et des couleurs. Derrière son métier à tisser, elle parle de ses inspirations et ses engagements environnementaux. Ce film nous plonge dans l’intimité d'un processus créatif au son du métier à tisser.


BIOGRAPHIE

Ce que j’aime c’est que les matières que je produis entrent en résonance avec la créativité de quelqu’un. Mon envie c’est de comprendre et mobiliser les outils qui articulent qualité et éco-responsabilité.
Un parcours d’études en art, architecture, costume de scène et mode ancre la vision textile de Lucile Drouet dans une expression transversale. Depuis 2008, elle collabore avec les maisons de couture en tant que designer textile et modéliste. C’est la rencontre avec le tissage en 2014 qui donne le ton de la création de l’atelier Loxiale.

BIOGRAPHIE

Mikhaël Brun

Mikhael Brun photographe réalisateur

Formé à l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) dans le domaine de la post-production, Mikhaël Brun est réalisateur, photographe et motion designer depuis 10 ans. Après avoir exercé plusieurs années au sein de chaînes de télévision et sociétés de production, Mikhaël travaille aujourd’hui en indépendant et met ses compétences techniques et artistiques au service de projets de communication. Depuis 2018, il produit et réalise des films sur des artistes et artisans bretons.

COMMENTAIRES

    CRÉDITS

    réalisation, image, son, montage, étalonnage, production Mikhaël Brun

    avec le soutien de la Ville de Lorient pour le film d'Oscar Yana

    Artistes cités sur cette page

    Mikhael Brun photographe réalisateur

    Mikhaël Brun

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