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Hubert Budor

  • réalisateur

Source : Portrait du réalisateur sur Bretagne & Diversité

Hubert Budor émet l’hypothèse qu’il s’est lui-même construit à travers le cinéma. Le jeune Rennais raconte qu’il était allait voir pratiquement tous les films à l’affiche, de Bergman aux westerns, seul dans les salles… histoire de découvrir le monde. Et de revenir ensuite vers les siens, ceux de la campagne rennaise notamment, avec, bien ancrée en lui, l’idée qu’on pouvait raconter les paysages humains armé d’une seule caméra. Ce qu’il continue à faire, au fil de belles rencontres, des années plus tard.
J’étais sûrement un adolescent timide, et plutôt que de traîner en bande ou d’apprivoiser les jeunes filles, je préférais m’enfermer dans les salles de cinéma de Rennes. Tout mon budget, notamment ce que je gagnais en bossant sur les marchés les samedis, y est passé. Tout le répertoire cinéphile de cette fin des années 1970 aussi ! 


Je vais de découverte en découverte, je me pousse même à voir La Flûte enchantée de Bergman, alors que je ne suis pas branché musique classique. J’en ressors éberlué ! 
Je fais mes gammes, en quelque sorte, et prends conscience que ce pourrait être un jour un vrai métier ! La fiction ne m’attire pas, c’est le documentaire qui me guide. 
Passeur, créateur ou initiateur de récits filmiques qui nous disent le monde, celui que tous n’ont pas la chance de connaître.
Passage en école de cinéma à Paris. Les rencontres en Bretagne feront le reste. Notamment une assez longue expérience, de 1990 à 1996, au sein de Master Production avec Jakez Bernard. Les films de commande, comme celui sur les écoles Diwan, Skol Diwan, lui ouvrent les yeux. Mathurin Méheut, en 1996, est tourné pour la télévision. Tous ces films renforcent la conviction d’Hubert qu’il fera ce métier de documentariste.
Ce sont les années de L’Héritage des Celtes, une superproduction musicale sous la houlette de Dan ar Braz. Moi, je tends plutôt l’oreille vers Titi Robin, un musicien singulier qui aime aller à la rencontre des autres : Erik Marchand en Bretagne, les Gitans et la musique arabo-andalouse, les Indiens du Rajasthan. Ces ailleurs, je décide de les explorer avec Titi, qui demeure pour moi une extraordinaire rencontre. Nous nous voyons encore aujourd’hui et je reste attaché à ce film réalisé en 1999, Famille nombreuse, Thierry Titi Robin.
J’ai pris confiance, et je sais qu’il m’est désormais possible d’explorer mon propre univers familial, de remonter à la source des conversations partagées à la table de la cuisine, à la campagne, où, enfant, je revenais toutes les fins de semaine. On y parlait de Citroën, l’usine ouverte en 1961, et qui fit appel à plus de 12 000 paysans des environs pour travailler sur ses chaînes. Rengaine sur les conditions de travail, sur le syndicalisme maison, sur l’obligation d’acheter une Citroën justement… Tout était enfoui en moi, et à l’occasion de Paysans de Citroën, en 2001, je vais rendre la parole à ces paysans-ouvriers si longtemps silencieux. Avant moi, Michel Brault avait tourné en 1968 le très beau Les Enfants de Néant (Néant-sur-Yvel est une commune du Morbihan d’où partirent de nombreux jeunes pour cette usine). 
La suite logique de cette réalisation qui croise ruralité et syndicalisme sera, bien des années plus tard, en 2012, le film Discriminations, qui revient sur les droits des travailleurs et des syndicats. En gestation, un autre film pour continuer l’exploration familiale. Intime.
Un autre film d'Hubert : c’est Jean-Louis Le Vallégant, talentueux et créatif musicien breton, dans ses multiples façons d’aller à la rencontre des autres. La musique, il s’en sert pour amplifier, valoriser les récits de vie qu’il recueille, auprès de collégiens, de personnes âgées, d’habitants de Scaër ou de Saint-Nazaire, de personnes hospitalisées, ou de ceux qu’on appelle pudiquement parfois les invisibles. Une réflexion artistique sur l’altérité, un spectacle intitulé Confidences sonores, et qui donnera son nom au film, sobrement nommé Les Confidences.
Parenthèse exotique au milieu de cette filmographie, L’Expédition Jivaro, en 2008, nous permet d’aller à la rencontre de Jean de Guébriant, qui participa en 1936 à la première expédition française partie à la rencontre des Jivaro d’Amazonie. On pourrait presque parler de fiction, tant est étrange ce vieux monsieur sanglé dans son costume, trônant dans son manoir léonard mal chauffé, évoquant ces sauvages, nous incitant même à nous questionner sur qui étaient vraiment les sauvages à cette époque-là... tout en lançant des regards attendris sur cette tête réduite de Jivaro, posée sur une console, tête dont il ne se sépare pas, rien de moins qu’un chef Jivaro devenu alors son ami…
Des désirs de rencontres et de récits de cet acabit, j’en ai toujours qui tournent en moi, avoue Hubert. Les ailleurs ne sont pas toujours si loin, pour moi c’est important aussi de filmer les adolescents du quartier du Blosne, au sud de Rennes. Ils m’ont aussi touché dans L’Histoire en cours, par exemple, un film de 2007. Encore un autre monde… 
L’adolescent qui partait seul à l’abordage du monde, dans une salle de cinéma, n’a pas fini ses explorations…

Retrouvez son documentaire sur Mathurin Méheut Le soldat de boue, sur KuB