La ville s'endormait

la ville s'endormait KuB

Poésie réelle

Poésie réelle

Transgression, prostitution, débauche, amour (impossible)... si le récit de La ville s'endormait ne va pas jusqu’au crime, il l’énonce comme une probabilité  : Ma belle, je te croyais déjà morte, découpée en morceau dans l’arrière cuisine de ce gros dégueulasse qui ne connaît rien du verbe « aimer »

LA VILLE S'ENDORMAIT

un film de Thibault le Goff et Owen Morandeau (2015 - 18')

La ville, Saint Brieuc, s’endort en effet, et le rideau se lève sur l’univers de deux acteurs-cinéastes qui posent en 17 minutes un acte d’une grande maîtrise, assez épatant quand on sait qu’il s’agit de quasi-débutants.

La ville s’endormait est un poème au réalisme cru, une romance copieusement arrosée, un hymne « à tous les travelos et alcoolos qui se sont un jour aimés ». Avec un culot confondant, Owen Morandeau et Thibault Le Goff osent tout, à commencer par jouer avec les stéréotypes du cinéma. La musique (écrite par T Le Goff) évoque Amélie Poulain, sauf qu’ici l’héroïne est peroxydée et barbue, une pute aux airs de Cupidon joufflu. Le beurre et les rillettes ne garnissent pas que des tartines, les buissons de la ville endormie dissimulent des pratiques à choquer le bourgeois, tandis que l’amoureux transi peint et déclame sa passion sous des projecteurs et dans des décors imaginaires.

Ma belle, je te croyais déjà morte, découpée en morceau dans l’arrière cuisine de ce gros dégueulasse qui ne connait rien du verbe « aimer » ! Je te l’aurais payé moi, ton calva ! Je t’offrirais tous les calvas du monde si tu m’en donnais les moyens. Je distillerais mon propre calva, et il portera ton nom, ma belle… L’on pourrait penser à Prévert, mais c’est du Morandeau – Le Goff, un duo à suivre.

THIBAULT LE GOFF, OWEN MORANDEAU

BIOGRAPHIES
THIBAULT LE GOFF, OWEN MORANDEAU KuB

Owen Morandeau est réalisateur et photographe; on lui doit le clip de Pipeline on Fire, Ankoo (2015) et La ville s’endormait (2015)

Thibault Le Goff écrit et met en scène de pièces de théâtre Pièce en trois actes inégaux (2013), Voyage en Mithridatie (2014), Projection spectacle de clôture du festival du film de l’ouest (2015).

Sa filmographie : Le serment d’hypocrite (Court Roulette 2013) - Réflexions pour la création d’un monument cinématographique ayant comme objectif de modifier considérablement l’esprit de l’être humain (2014) - Attention Alien Documentaire (2015) - La ville s’endormait (2015)

UN AUTRE REGARD SUR LES MARGINAUX

INTENTION

Ce film a été réalisé avec le désir de mélanger les genres pour porter à l’écran un autre regard sur les marginaux. Il intègre une poésie réelle, filmée comme une réalité, mêlée à ce qui pourrait nous sembler antipoétique. Il est aussi un film-théâtre mêlant petites scènes et éclairage ciblé, donnant une vision de la poésie dans son réalisme cru autant que dans ses évocations finies.

EN MARGE, VAILLE QUE VAILLE

par Léo Dazin

« La ville s’endormait, j’en oublie le nom… » chantait Jacques Brel. Comme lui, les réalisateurs de La ville s’endormait s’inspirent de noctambules, donc de personnages « invisibles ». Pourquoi la nuit, pourquoi la marge ? Parce que. Pas de questions superflues mais des affirmations parfois paradoxales et donc riches : humour, misère, jeu, solitude, cinéma, irrévérence.

La ville s’endormait c’est aussi l’histoire d’un certain cinéma, celui qui n’est pas diffusé dans les salles et qui se fait sans rémunération, uniquement à l’envie, je devrais dire aux tripes jusqu’aux ennuis gastriques.

La production de bouts de ficelle se voit, elle est même explicitement citée dans le film. Cela a un charme certain. L’économie de moyens, la présence de  « gueules » à commencer par celles des auteurs/comédiens, n’est pas sans rappeler l’agressive poésie de Mocky.

« Jef, t’es pas tout seul » chantait encore Brel en interprétant un pilier de comptoir tentant de réconforter un ami. La ville s’endormait n’est pas seule non plus, rien qu’en Bretagne et par année, des centaines de films se réalisent en marge de tout circuit de production et de diffusion officiels.

Président de l’association rennaise Equinok Films, Léo Dazin réalise des courts métrages de fiction et des clips musicaux. Il était par ailleurs assistant-réalisateur sur La ville s’endormait.

CRÉDITS

avec 
Owen Morandeau, Thibault Le Goff, Angel Perez
chef op’     Antoine Bon
cadre     Carl Denot
ingé’ son     Quentin Lamouroux

Ce film a été réalisé avec l’association Equinok Films (Rennes)

avec le soutien de la ville de Saint-Brieuc

Sélectionné dans des festivals en France et à l’étranger, le film a obtenu le Grand Prix de la compétition internationale au festival Court mais trash 2016 de Bruxelles, une Mention spéciale aux festival du film de l’Ouest ainsi qu’à Face à face, festival international du film gay et lesbien.

Maxence Jampierre a coordonné
la réalisation collective du making of
justement intitulé Making ouf  (26′, 2015)

Artistes cités sur cette page

vignette auteur

Owen Morandeau

Thibault Le Goff

Thibault Le Goff

ESPACE PARTICIPATIF

  • 27 Mars 2017 18:40 - Didier M

    Difficile d'associer "Culture" et le court métrage "la ville s'endormait"!

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