Les parties du tout

« Ricardo Cavallo ou le rêve de l'épervier » par Isabelle Rèbre

Un homme hirsute sort d’une grotte. Son chevalet en plein vent posé sur les rochers battus par les vagues. Il est peintre, il s’exprime avec force et un accent hispanique (il est Argentin d’origine). Le film pose d’emblée son sens du cadre, un cadre qui ne cherche pas à couvrir mais bien à séparer le champ du hors-champ. C’est quoi ton cadre ? est d’ailleurs la première question de la réalisatrice au peintre. Le cadre, et la lumière. Elle, Isabelle Rèbre, filme le remue-ménage de la lumière sur le littoral costarmoricain, la palette des verts-bleus qui fusent sur l’eau, les cieux, la terre. Son film produit des images d’un autre temps, celui des impressionnistes dans lequel Ricardo se reconnaît, se plaît. L’homme vit dans une simplicité volontaire, vit dans une aridité monastique, entouré d’images de ses parents, élevées au rang d’icônes. L’on sent que l’expérience du film, la présence de cette femme qui le filme… tout cela l’émeut, lui le solitaire, seul encore face à la caméra. La réalisatrice, Isabelle Rèbre, devient effectivement l’autre personnage du film, celle qui porte le regard et assemble les parties du tout. Lui se plaint de rester le seul à se fouler pour dire quelque chose de substantiel. À eux deux, ils produisent un film dense et beau, existentiel. 

Édito : Serge Steyer

Auteur-réalisateur d’une trentaine de films depuis la fin des années 80, principalement des documentaires pour et avec la télévision publique (France Télévisions, Arte). Auteur d’articles et de dossiers papier pour Films en Bretagne, dont Photographie de l’activité cinématographie et audiovisuelle en Bretagne (2009) et Réinventons l’audiovisuel public (2013). Directeur ...

RICARDO CAVALLO OU LE RÊVE DE L’ÉPERVIER

un documentaire d’Isabelle Rèbre (2013 – 52’)

Le peintre Ricardo Cavallo, argentin exilé en France, s’est installé dans le Finistère où il s’est entouré d’élèves. Quelle que soit la couleur du ciel, Cavallo plante son chevalet dans une sorte de bout du monde face à l’océan ou au pied du viaduc de Morlaix. Et si, à travers ces paysages, il cherchait à retrouver des traits connus, un passé enfoui ? Peut-être, que tous ces décors, ces paysages ne sont là que pour mieux cacher un visage qui est au centre de sa cathédrale…

>>> un film produit par À Gauche en Montant et Senso Films.

RICARDO CAVALLO

BIOGRAPHIE
Ricardo Carvallo

Né en 1954 à Buenos Aires en Argentine, Ricardo Cavallo est le dernier-né d’une famille modeste de trois garçons. Jeune adulte, il peine avec la réalité du monde et songe à devenir moine ; ses parents, eux, l’imaginent dans la nature tant la vision des animaux de la pampa le met en joie. Qu’à cela ne tienne, il se lance dans des études de vétérinaire. Un jour de cours d’anatomie, deux hommes en blanc emmènent un cheval dont ils tranchent la gorge sous ses yeux (cavallo veut dire « cheval » en espagnol). Il ne s’en remet pas et quitte l’école. Lorsqu’il comprend que la peinture peut être sinon un métier, du moins une vie, son choix est fait. Mais pour devenir peintre, il doit partir de ce pays qui étouffe sous la dictature et quitter ceux qu’il aime.

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Certaines ruptures, aussi douloureuses soient-elles, sont nécessaires pour vivre. Son départ pour la France est de celles-là. En exil, il entretient une correspondance passionnée avec sa mère jusqu’à sa mort en 1996. À Paris, il entre aux Beaux-Arts et travaille l’après-midi à l’ambassade d’Argentine pour payer son loyer. Lorsque l’armée l’appelle pour combattre aux Malouines, il déserte et quitte l’ambassade, mais n’oubliera jamais les 700 Argentins tombés dans cette guerre, aux côtés desquels il n’était pas. 
À cette période, ce sont les cours de morphologie de Jean-François Debord qui lui font faire des bonds en avant dans l’étude des formes et des structures. Ricardo est de ceux qui pensent que l’âme est la forme du corps. On imagine dès lors les perspectives ouvertes par la compréhension de la structure interne d’un organisme ou l’étude d’une main, dans son rapport avec le bras.

ISABELLE RÈBRE

BIOGRAPHIE
Portrait isabelle Rébre copyright Emilien Awada
© Emilien Awada

Isabelle Rèbre réalise des documentaires, essentiellement des portraits, dont plusieurs portraits d’artistes. En 2001, Charles Rojzmann, thérapeute social (Arte). En 2003, le portrait du cinéaste André S. Labarthe de la tête aux pieds (Ciné-Cinéma et États Généraux de Lussas). En 2006 elle réalise La peinture de Jean Rustin, puis Après la colère (Arte 2006), portraits de lycéens et d’étudiants en lutte contre le CPE. En 2013, Ricardo Cavallo ou le rêve de l’épervier. En 2018, elle achève Pollock&Pollock, long-métrage autour des peintres américains Jackson et Charles Pollock. 

Isabelle Rèbre est aussi l’auteure de plusieurs pièces de théâtre. Fin inspirée par les dernières années de Ingmar Bergman, créée par Bernard Bloch (Réseau Théâtre) en 2014. En écho à cette pièce, elle écrit un essai : La dernière photographie. Sarabande, de Ingmar Bergman (La Lettre volée, 2017). 

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Le chevalet et la caméra

REVUE DU WEB

Barbet Schroeder filme l'exposition de Ricardo Cavallo au Domaine de Kerguehennec, un plan-séquence de 14 mn. 

AGORA VOX, Orélien Péréol >>> Le petit miracle de ce film est qu’Isabelle Rèbre a choisi de filmer, en même temps que Ricardo Cavallo en son travail, l’acte de filmer lui-même et de lui tirer le portrait. Elle nous le donne à voir dans sa relation à elle, dans sa relation à la caméra, dans la solitude, dans l’éloignement de celles et ceux placés dans le cadre de la caméra. Nous ne sommes pas au spectacle de ce travail, nous ne sommes pas au spectacle de cet homme. Nous ne le voyons pas dans la lumière comme le toréro dans l’arène ou le comédien sur le plateau. Nous allons avec lui dans ses lieux difficiles et dangereux. Et si nous le voyons à l’œuvre, ce n’est pas depuis une tribune protégée, ou un fauteuil bien rangé.

OUEST FRANCE >>> PORTRAIT  Une figure nerveuse surmontée d'une épaisse touffe de cheveux gris gesticule au fond de la salle des fêtes de Saint-Jean-du-Doigt, les R roulés et l'accent chantant qui l'accompagnent ne laissent aucun doute. Un pantalon et des doigts tachés de peinture le confirment. C'est bien lui, le peintre Ricardo Cavallo, entouré de ses peintures.

ESPACE PARTICIPATIF

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