La plage

descente plage documentaire « La plage » de Michaël Lheureux

J’aime regarder tranquillement et intentionnellement les êtres humains qui mènent leur vie, remplissent leurs tâches, leurs devoirs, leurs occupations et leurs activités ; comme s’ils faisaient tout cela pour notre plaisir et notre intérêt. Un immense opéra, une immense arène.    [Dorothéa Lange citée par le réalisateur Michaël Lheureux]

LA PLAGE

BANDE-ANNONCE

un film de Michaël Lheureux (2001 - 50')

Les droits de diffusion sur KuB sont arrivés à échéance.
KuB vous offre un petit aperçu du documentaire de Michaël Lheureux dans cette bande annonce.


Dans son film, Michaël Lheureux examine les drôles de mœurs des êtres humains sur l’estran, saisit leurs déplacements comme des chorégraphies. Comme chaque année, ils sont là, présents au rendez-vous, s’observent… Des saynètes se succèdent, à hauteur d’homme, d’enfant, de bébé, à hauteur de mains et de pieds, dévoilant progressivement ce qu’ils sont en train de faire. Car la plage a beau être un lieu de farniente, l’homo sapiens y reste affairé, entreprenant.

Plage se passe de commentaires tout en proposant un bel échantillonnage langagier : du babillage au cri revendicatif, en différents idiomes. C’est là que l’hommage du réalisateur à Tati (Les vacances de Monsieur Hulot) est le plus probant, dans le montage subtil de courtes allocutions ponctuées de soupirs et de rires.


Analyse

Ainsi, la plage au mois d’août est-elle un retour aux racines de l’humanité nue, débarrassée de ses oripeaux ; des nourrissons aux vieillards en passant par les géniteurs, c’est tout l’éventail généalogique qui se déploie sur le sable. De même qu’est réinvesti temporairement le lien à la terre-mère : on s’allonge au sol, on caresse et on pétrit le sable fin, dans lequel il arrive même qu’on s’ensevelisse, ou encore qu’on fouille à la recherche d’un trésor. Sur la plage enfin, l’homme est réexposé aux éléments : sous le soleil exactement, avec un ciel soudain noir alors que brille le soleil, puis le vent apporte l’averse avant de chasser les nuages. Et la mer qui monte, et sape constamment les constructions de sable.

Plage restitue avec finesse, un phénomène révélateur de l’expérience de l’homme moderne. Par la précision du point de vue, rehaussé par la musique tantôt cubiste, tantôt méditative de Mark Hollis et Warne Livesey, cette œuvre a valeur anthropologique et ethnologique. La mise en scène y est confondante, tant elle est évidente et discrète à la fois. Michaël Lheureux sait établir une complicité rare avec ses modèles, nous offrant en prime une belle galerie de portraits.

Serge Steyer, directeur éditorial

MICHAËL LHEUREUX, MÉTHODE

amoureux KuB

Le réalisateur de Plage a un talent particulier pour approcher et filmer l’autre, l’inconnu, comme si cet autre était soudain proche, à disposition du projet documentaire.

Je cherche et explore la matière qui va constituer mon film : le petit peuple de cette plage. Je me mets en position de capture : j’attends la situation, la séquence singulière qui va me permettre d’entrer dans mon sujet. (…) J’aime être près des gens et danser un peu avec eux quand je les filme. J’aime bien que les gens me sentent, j’aime bien qu’on fasse communauté, que le cinéma baigne dans le réel et pas comme sur des tournages où l’équipe cinématographique est sur un piédestal d’où elle regarde le monde d’en haut avec des airs parfois supérieurs. L’idée d’être à la hauteur des gens est parfois peut-être plus facilement abordable quand on est tout seul. Parce que quand on est tout seul, c’est un homme avec juste un troisième membre qui serait la caméra. C’est un rapport qui est d’évidence beaucoup plus humain, de façon directe, et non cinématographique vers l’humain.

VACANCE(S) SUR LA PLAGE

descente plage documentaire

Présentation par le réalisateur de son projet artistique

Tout commence par le portrait d’un promeneur du dimanche. C’était sur la plage du Havre. J’avais ma petite caméra à la main. L’homme, assis sur les galets, fixait vaguement l’horizon et paraissait perdu dans ses pensées. Je me plaçais à quelques mètres en face de lui et déclenchais ma caméra. Il me vit faire, m’ignora complètement pendant quelques minutes, puis il quitta la plage sans demander plus d’explications.

À la vision des images, une émotion mêlée à un sentiment d’étrangeté auréolaient le portrait : le corps immobile, figé dans une temporalité suspendue, le regard fixe considérant de manière transparente ma présence, désignaient à tout point de vue un état d’absence, de déconnexion avec la réalité. En tant que spectateur, il me semblait être face à un visage tour à tour opaque, ne me révélant concrètement rien de lui, si neutre et offert que tout, bonheur ou tristesse, pouvait s’y projeter.


Inspiration

Grâce à cette image, petit à petit, l’envie m’est venue de faire un film où pouvait se lire, où se donnerait à voir, l’oubli éphémère de soi, l’état d’abandon du corps et de l’esprit. Corps qui s’oublient quelques instants avant de se ressaisir, corps pris dans un présent suspendu, le présent si particulier des vacances par exemple ; vacances dont l’homonyme singulier est précisément celui qui fait référence à l’état de vacance.

Les vacances sont ce temps singulier où nous recentrons sur nous nos désirs les plus fondamentaux comme manger, boire, dormir, parler, se déplacer ou rester immobile. Pour ce faire, nous nous posons dans un rapport quasi amnésique avec nous-mêmes – avec ce que nous sommes socialement – en nous aménageant une sorte de bulle dans un nouveau lieu qui n’est pas le nôtre, en essayant de nous isoler de ce qui nous travaille dans notre quotidien.

L’enjeu d’une telle démarche est ou devrait être la réappropriation de soi et du monde : savoir goûter à nouveau la plénitude de l’instant, la simplicité de la sensation, profiter des toutes petites choses : déguster une glace, sentir le vent décoiffer ses cheveux, apprécier les variations de lumière, la frontière physique et mouvante de la mer sur le sable, le temps qui s’écoule.

Pourtant, les vacances sont aussi ce temps dilaté, étiré où l’on se retrouve face au vide de ses journées, parfois face à soi-même. Sans le prétexte du rythme de notre vie sociale et professionnelle, que sommes-nous ? Que se passe-t-il lorsqu’il ne se passe rien ? Que révélons-nous dans nos initiatives ou nos absences d’initiative pour peupler ce rien ?

Les vacances sont donc ce drôle de temps à double tranchant où l’abandon de soi se vit par petites touches de jouissance et de tourment ; succession de petits bonheurs et de petites angoisses qui sont finalement, à échelle réduite, le reflet de toute une vie.

La plage 

La plage est par excellence le lieu de la vacuité, contrairement à la montagne où les enjeux et les défis physiques jalonnent chaque randonnées : atteindre le sommet, trouver un refuge avant l’arrivée de la pluie, affronter une descente abrupte, etc. De son côté, la plage se définit comme un décor naturel limité, une grande place aménagée tel un théâtre ouvert sur lequel il n’y a pas grand chose à faire. 

Le mot « plage » évoque d’ailleurs à la fois un espace et un laps de temps. On s’y pose, on s’y repose et l’on s’observe les uns les autres. La plage nous prédispose à la flânerie, la contemplation et nous incite à la rêverie dans une logique de petits riens et d’insignifiant quotidien. Le fait de pouvoir renouer avec les éléments naturels tels que l’eau, le soleil, le vent donne la possibilité à qui le veut bien de se consacrer aux petits plaisirs éphémères comme de faire voler un cerf-volant, se lancer dans la construction d’un château de sable ou de manière plus passive, de se mettre en situation d’attente : laisser le soleil faire son effet sur la peau, prendre le prétexte de la méditation pour se vider la tête, être ailleurs. 

La plage est une immense scène humaine : les différents corps, âges, nationalités, milieux s’y côtoient, donnent à voir leurs moments de grâce ou de maladresse. Elle est un véritable vivier, grouillant de situations, de petits enjeux drôles ou dramatiques qui parlent tous de notre condition d’homme. 

Car outre l’état d’abandon, c’est bien cela que je souhaite donner à voir : derrière l’insignifiance des propos échangés, derrière les occupations balnéaires, en apparence légères et insouciantes, se révèlent peut-être le plus de nous-même et de notre rapport aux autres. La plage est le décor dépouillé à la Peter Brook d’un microcosme humain, avec trois fois rien, des choses immenses apparaissent : « la poésie théâtrale ou cinématographique, c’est de pouvoir figurer une forêt entière avec une seule feuille tenue dans la main d’un acteur ». Sur une plage, il y a des scènes aussi anodines qu’un vieux couple qui s’engueule autour d’un tube de crème solaire antirides. Il y a aussi des ados qui s’effleurent et se blottissent l’un contre l’autre pour siroter à la paille une seule et même canette de soda ou encore l’enfant qui lutte contre la marée pour défendre son château de sable. Ces petits événements matérialisent pour moi des désirs, signifient des émotions, des vies entières qui se donnent à nous par petits fragments nous laissant imaginer le reste.

MICHAEL LHEUREUX

BIOGRAPHIE
Michael Lheureux portrait la plage KuB

Né en 1970, Michaël Lheureux interrompt ses études de chimie pour entrer à Louis Lumière, section « cinéma ». Il y découvre la pratique documentaire et passe à la réalisation tout en vivant de son savoir-faire de cadreur (pour Arte entre autres : Die Nacht, Klang et Road… de Paul Ouazan). Il est repéré par Quark production grâce à ses films Convives et Plage, diffusé sur Planète. Il réalise alors Papy-Mamie, produit par Quark et diffusé sur France 3 et Public Sénat en 2005. Le film reçoit une Étoile de la SCAM et est projeté dans de nombreux festivals à l’étranger. Play Film lui propose de participer à une collection de portraits de chorégraphes pour Mezzo et France 2 : il réalise Kathleen et Martha. Entre temps, il part six mois en tant qu’ingénieur du son à bord d’un sous-marin nucléaire pour le feuilleton Sous-Marin de Jean Gaumy, pour Arte.

LA MAUVAISE RÉPUTATION

ARCHIVE

En s’installant dans les dunes et sur les plages d’Erdeven au cours de l’été 1974, les naturistes provoquent la polémique. Certains agriculteurs et commerçants locaux songent à créer une milice, pour protéger leur village. Car la réputation de la région est en jeu…

C’est un véritable scénario de comédie qui se déroule sur la plage de Kerminihy. Largement développé sur la côte bretonne, le tourisme balnéaire trouve ici une forme nouvelle : le naturisme devenu une pratique populaire et familiale.

CRÉDITS

PLAGE
image et réalisation     Michaël Lheureux
son     Jean-Yves Pouyat
montage     Yannick Leroi, Michaël Lheureux et Emmanuelle Legendre

Etalonnage     Yannick Le Goaëc – AVIDIA
Montage son et mixage     Jean Yves Pouyat – PANNONICA
production     les films Seine-Océan
coproduction     Le Pôle Image Haute – Normandie

Archive     ORTF 
source     INA Bretagne

Artistes cités sur cette page

Michael Lheureux portrait la plage KuB

Michaël Lheureux

ESPACE PARTICIPATIF

    KuB vous recommande