Trop courte la vie !

« Voir le jour » par François Le Gouic

L’éthymologie du mot « éphémère » provient du grec ancien ephếmerios : « qui ne dure qu’un jour ». Nos vies, d’un certain point de vue, paraissent brèves, éphémères. Avec « Voir le jour », un film juste et sobre, François Le Gouic s’empare de ce sentiment vertigineux. Il y met en scène un personnage qui voit sa vie s’écouler en 24 heures, de sa naissance à sa mort, alors qu’autour de lui le temps suit son cours habituel. Extraordinaire réussite pour un premier film sur lequel bien des fées se sont penchées, dont le producteur Olivier Bourbeillon et le dispositif « Talents en court » du CNC qui a permis le tournage d’un making of par Margaux Dory.

Édito : Serge Steyer

Auteur-réalisateur d’une trentaine de films depuis la fin des années 80, principalement des documentaires pour et avec la télévision publique (France Télévisions, Arte). Auteur d’articles et de dossiers papier pour Films en Bretagne, dont Photographie de l’activité cinématographie et audiovisuelle en Bretagne (2009) et Réinventons l’audiovisuel public (2013). Directeur ...

VOIR LE JOUR

UN FILM DE FRANÇOIS LE GOUIC ( 2016-23')

Un homme naît. Il est éphémère. C'est à dire qu'il vivra seulement un jour, durant lequel il traversera tous les âges de la vie, vieillissant de plusieurs années par heure. Tel un visiteur, il rencontre, découvre et tâche de comprendre ce monde dans lequel il vient de voir le jour. 

Savourer une vie brève

NOTE D'INTENTION
pere fils voir le jour

par François Le Gouic

On dit que la vie est trop courte. Et si elle était trop longue pour en trouver le sens ? En la concentrant en quelques heures, on s’offre un peu de recul, pour considérer autrement notre passage sur Terre. Que faire alors qu’on a si peu à exister ? Cette question me poursuit depuis longtemps. Ce destin si vain, si nu de l’éphémère – où tout est à écrire – c’est bien entendu le nôtre, le mien. Seulement à une plus simple échelle. Une vie en vingt minutes ! 
Je veux présenter dans ce film un personnage du début à la fin, en même temps qu’il se devine lui-même ; ses découvertes, ses peurs, ses désirs, ses rencontres. C’est une fable, aux émotions nues, sans fard. Une narration où un élément fantastique germe d’un terreau réaliste. 
L’histoire se passe à Morlaix, un littoral rural, de la simplicité, du franc-parler, une nature splendide relativement intacte où tout se fait à pied ou presque. Un film d’extérieur. 


J’aime l’omniprésence de la mer en toile de fond, avec l’alternance des marées. Elles sont, avec l’évolution de la lumière du jour, des repères inaltérables dans cette journée fugitive. 
La curieuse condition de cet éphémère est naturelle dans son monde, et cela ne suscite aucune compassion. Je crois que c’est là que ce film peut parler de nous, en allant au-delà de l’effet sensationnel. Après tout, on sait d’emblée comment cela finit. La question ici n’est pas tant de trouver une solution que d’exploiter le problème. Ce film proclame en creux la prodigieuse chance que nous avons d’être en vie. Il est ma réponse tardive à ces amis, connaissances ou inconnus qui ont un jour volontairement interrompu la leur. 

COMMENT VOIR LE JOUR

MAKING-OF

par Margaux Dory

Comment voir le jour est un making-of discret, sensible et épuré. Un objet qui s’efforce de donner à voir l’essentiel du tournage dont il suit la création et la réalisation pendant plusieurs semaines. Le but est de permettre une mise en lumière sans jamais dénaturer ou estomper la lueur du film en train de se faire. Être au bon endroit, au bon moment.
Rendre compte avec justesse et curiosité de la manière dont l’éphémère va se construire à l’écran, évoluer sous nos yeux, prendre forme du papier et l’image et finalement s’éteindre, presque sans bruit et surtout sans fard. Filmer l’art de donner vie à l’éphémère.
Le making-of porte aussi sur un tournage qui se construit comme une combinaison, la somme de toutes choses, puisque c’est finalement de cela dont traite le court : de la contingence, la fugacité et l’importance des rapports humains. Le tournage a lui aussi cela de l’éphémère : il est un concentré d’énergie, de personnes, une vie en miniature, comme ce film.

Margaux Dory a réalisé Comment voir le jour dans le cadre de son stage pour le Master Numic de l'Université Rennes 2. Denis Le Paven, intervenant en montage au sein du Master, a conseillé la jeune réalisatrice et le mixage a été assuré par Aurélien Guémené du CREA.


TALENTS EN COURT

Dans le cadre de Talents en CourtMargaux Dory a réalisé un making-of qui fait la part belle au travail d’équipe que représente le tournage d’un film comme Voir le jour. Le finale est particulièrement touchant, quand soudain chacun comprend que c’est fini, que cette extraordinaire mobilisation collective dans le but d’engranger les prises nécessaires au montage du film, que tout cela, rêvé depuis si longtemps, est maintenant révolu. 

Talents en Court est un dispositif expérimental qui offre l’opportunité à un cinéaste débutant, encadré par un intervenant, engagé par une structure d'éducation à l'image ou un établissement de formation, de s’intégrer à un processus productif en réalisant un reportage (journal de bord, making-of…) autour d’un court métrage bénéficiaire de l’aide du CNC et si possible d’une collectivité territoriale.

FRANÇOIS LE GOUIC

BIOGRAPHIE
Francois le gouic

Titulaire d'un BTS en communication ainsi que d'une licence de cinéma à Rennes II et Paris III, François Le Gouic possède de multiples facettes : chroniqueur cinéma sur des radios associatives, rédacteur d'articles pour revues universitaires, consultant « cinéma » en milieu pénitentiaire, assistant de production, monteur, réalisateur. 

Il a réalisé des captations de spectacle vivant, et une série de film diffusés durant les concerts de l’ensemble No Music Orchestra. Il participe également à la fabrication de clips pour des artistes rennais (The Wankin’Noodles, The Madcaps, Empire Dust…) et des événements culturels (Rencontres Trans Musicales, I’m From Rennes, Le Grand Soufflet…). Il dirige des projets de films institutionnels et publicitaires pour différentes sociétés (Mercedes, Orangina, Adidas…) 

Avec Voir Le Jour, il signe son premier court métrage professionnel.

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