Parlons cru

Nolwenn Korbell en symétrique nue

Breizh Erotik aborde la question de l’érotisme dans la langue parlée ou écrite, la langue bretonne en particulier. Mais le sujet est universel.
Les protagonistes du film sont unanimes pour dire qu’on revient de loin dans cette affaire, que l’invocation-même de pratiques sexuelles étaient, il y a peu, taboue. Les mots manquaient comme en témoigne Ninnog, traductrice des Monologues du vagin en breton. En breton, du côté du corps, on vivait avec la lumière éteinte. Ce qu’il faut qu’on fasse maintenant en breton, c’est qu’on allume la lumière sur nos corps et sur notre vie sexuelle aussi ! C’est ainsi que pourrait se résumer ce film, instructif et touchant.
Roland Thépot y évoque aussi le travail des dessinateurs, qui ont largement contribué à repousser, avec humour, les limites de la pudeur.

BREIZH EROTIK

de Roland Thépot (2011 - 52')

En cachant la réalité on finit par l'ignorer, c'est pour cela qu'il faut oser. Dire les choses c’est les faire exister.
Ce film raconte l’itinéraire d’une femme à la recherche de mots qu’elle ne connaît pas. Cette femme écrit en breton, elle écrit sur la vie et parfois, elle a besoin de certains mots, des mots qui font rougir, des mots que l’on prononce tout bas. Ses parents, ses grands-parents ont tellement mis d’hésitations quand il fallait parler d’amour physique. Désormais cette femme veut oser, elle a besoin de comprendre pourquoi ce pays a été si puritain, pourquoi les gens d’ici ont un rapport au corps et au toucher si difficile.

>>> un film produit par Aligal Production

Mettre l'amour au jour

INTENTION

par Roland Thépot

Yod Kerc'h - Breizh Erotik

Quand je pense à la culture bretonne, j’ai du mal à imaginer des chansons d’amour, des dessins érotiques, des histoires sensuelles. La société bretonne a toujours donné une image austère, colorée de noir et ne tolérant pas le libertinage. Dans ce pays on se touche très peu, on s’effleure.
J’ai vécu mes premières années au sein d’une Bretagne dévote. Pour moi, à l’époque, le puritanisme faisait partie d’une tradition et d’un vécu qu’il n’était pas permis d’expliquer. Il y avait ce que l’on pouvait faire et ce qu’il ne fallait pas faire. J’ai fait ma vie et j’ai oublié ces censures que j’ai attribuées, comme beaucoup, à la morale d’une société paysanne repliée sur elle-même.
J’ai voulu en parler et faire parler de cela. Mon propos est à fleur de peau. Il parle des corps, mais de façon poétique et surtout pas vulgaire.


La pudeur excessive, ces mots que je n’ai pas appris, ces gestes si difficiles à faire, cette frontière si floue entre le geste amical et le geste sexuel, toutes ces questions sont venues à moi. C’est comme cela que cette histoire a commencé. En parlant de sexe et d’érotisme, surtout en Bretagne, je parle de non-dits. Les générations passent et progressivement ces frustrations s'estompent, mais il est important d’en parler encore. Cette histoire pourrait se passer ailleurs qu’en Bretagne, elle est universelle et chacun pourra y trouver des similitudes avec son propre vécu.
Pour moi ce film est une façon de mettre au jour notre côté obscur. Il parle de sexe parce qu’il faut en parler, il parle d’amour parce que c’est nécessaire.

NOAZH

NOLWENN KORBELL

En 2010, la chanteuse bretonne Nolwenn Korbell sort Noazh (Nue), un album sur lequel elle aborde l'idée de dévoilement. Elle témoigne dans Breizh Erotik.
Pour la pochette, l'idée lui vient d'une photo où elle poserait nue. Sans vouloir choquer, seulement être en accord avec ses textes et sa conception de l'art, lié à l'intime.
Elle sent que ce choix dérange. Pourtant, un nu, y'a rien de nouveau dans le monde ! Elle dénonce un rapport au corps coincé, pudique, renforcé par la religion et une humiliation récurrente. Du coup, elle expose sa nudité comme un signe de révolte. Elle ne veut pas voir son identité bretonne réduite aux défilés en costumes folkloriques, anachroniques. Mon costume je le porte à l'intérieur de moi !

Roland Thépot

BIOGRAPHIE
Roland Thépot

Après des études au lycée de Saint-Brieuc, Roland Thépot monte à Paris où il est reçu à l’école Louis Lumière, il enchaînera par la suite avec l’École des Gobelins et commencera à travailler en tant qu’assistant sur des longs métrages.
Passionné par l’image et les nouvelles technologies il suit une formation aux techniques du relief. Il devient alors chef opérateur sur des publicités, des clips et des documentaires.
C’est en 1991 qu’il se lance dans la réalisation, tout d’abord pour des publicités de grandes marques (Roc, L’Oréal) puis en documentaire.

Une langue pour exprimer ses désirs

REVUE DU WEB

CULTUREBOX, Jean-Michel Ogier >>> Aux XIXe et XXe siècles, la littérature a collé sur le dos des Bretons une étiquette d'austérité et de puritanisme religieux. Mais les costumes, comme le vocabulaire montrent que les Bretons et les Bretonnes ont toujours trouvé le moyen de déclarer leurs sentiments et leurs désirs.

FILMS EN BRETAGNE >>> J’avais lu dans Courrier International que les Catalans, pour sauvegarder leur langue, se sont mis à subventionner la production des films classés X , rapporte Samuel Julien, directeur de Dizale, l'association qui administre BreizhVOD. Laurent Scavennec, directeur artistique de Dizale et spécialiste du doublage en breton, pense que la langue bretonne reste sacralisée car on l’enseigne à travers la littérature. Comment faire du breton une langue du quotidien aussi bien utilisée entre ami autour d’un verre, pour parler philosophie ou bien pour faire l’amour ?

OUEST FRANCE >>> Goulwena An Hénaff, le breton à l'écran et à la ville. Elle est l’un des visages de la langue bretonne. De l’école Diwan de Plomelin aux studios de France 3, la Quimpéroise a fait du breton un mode de vie. Rencontre.

CRÉDITS

avec Goulwena An Hénaff

et la participation de Nolwenn Korbell : chanteuse, Ninnog : traductrice des Monologues du vagin , Yann Herlé : vidéaste, Sergio Argiolas: danseur, Yvon Le Men : écrivain et poète, Yan Fulup : professeur et poète, Jean-Jacques Kress : psychiatre, Les raggalendo : groupe de musique alternative

un film de Roland Thépot
image Camille Le Quellec, Olivier Barbier
son Philippe Virlois, Emmanuelle Sabouraud
éclairage Olivier Billard
mixage Thierry Compain
étalonnage Didier Gohel

dessins Thierry Fagot, Nono, Bernez Tangi, Marie Laure Hervé
une coproduction Aligal Production et France 3 Bretagne
avec le soutien du CNC et de la Région Bretagne

Artistes cités sur cette page

Roland Thépot

Roland Thépot

ESPACE PARTICIPATIF

  • 23 Janvier 2019 13:57 - Rédactrice Kub

    Merci Tunvezh pour cette remarque, erreur corrigée :)

  • 23 Janvier 2019 12:42 - Tunvezh

    N'eo ket Ninnoh met Ninnog, anv an droourez.
    Ce n'est pas Ninnoh mais Ninnog le nom de la traductrice.

  • 21 Janvier 2019 20:51 - Jean-Claude LE BORGNE

    Goulvenna an Henaff : de plus en plus belle !!!

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