Anjela Duval

Anjela Duval

Anjela Duval est une référence morale dans Basculement 1&2 de Patrick Prado. Sa devise : Stourm a ran war bep tachen (Je résiste sur tous les fronts).

Poétesse, Anjela Duval est surtout restée paysanne. Elle écrit, à la nuit tombée. Le jour, le temps est trop précieux pour être perdu avec des papiers. Ses poésies concernent principalement la vie qui l’entoure : la terre, les animaux, la nature. En 1971 – elle a 65 ans -, un réalisateur de l’ORTF, André Voisin, vient filmer cette personnalité saisissante pour l’émission Les Conteurs. Après son passage à la télé, elle reçoit plusieurs centaines de lettres de toute la France et de pays étrangers ; les visites se faisant incessantes, cette subite notoriété chamboulera les dernières années de sa vie.

Trente-cinq ans après sa mort, Anjela Duval est présente sur le web grâce à l’Ouest en mémoire – INA, grâce à un site qui lui est consacré et enfin grâce aux archives numériques de l’Université Rennes 2 (publication en ligne de ses manuscrits et hommage pour les 30 ans de sa mort et l’érection de sa statue).

LES FRANÇAIS DÉCOUVRENT ANJELA

ARCHIVE

En 1971 sur l'écran de télévision, assise dans l’herbe, un chien sur ses genoux, Anjela Duval raconte sa terre à laquelle elle est profondément attachée. Celui qui n’a pas de terre, n’a pas de racines. Avec un humour pince-sans-rire, elle raconte ses journées de travail aux champs lorsqu’elle était enfant et s’étonne qu’aujourd’hui les gens ne connaissent pas la nature. Elle se rappelle de l’interdiction de parler breton à l’école, de son sentiment d’être exilée quand elle était à l’école. Pour elle, cette langue est toute sa vie.

Elle cultive seule les arpents qu’elle a reçu de ses ancêtres : C’est ma nourricière dit-elle. Elle déplore que les hommes d’aujourd’hui ne respectent plus la terre. Si j’étais plus jeune, je ferai de la culture biologique, sans pesticides (nous sommes dans les années 70). Elle se rappelle les fêtes dans les hameaux où l’on allumait des grands feux au solstice d’été, parle des histoires de revenants ou de bêtes fabuleuses qui faisaient peur aux enfants. Pour elle, le plus important est d’être libre et maître de son temps. Sa plus grande joie : voir réussir ses récoltes.

ANJELA DANS LE TEXTE

ARCHIVE

Daté du 3 avril 1972, au moment où est tourné l’entretien ci-joint avec Per-Jakez Hélias, ce poème visionnaire sur le destin des « agriculteurs » évoque également avec ironie la question de la notoriété et de ses attraits. Elle l’a écrit dans la période des retombées médiatiques de son passage à la télévision nationale. La lecture des poèmes d’Anjela Duval est à la fois plaisante et émouvante.

Pauvre Plouc !

Grand temps que je me modernise / dit Yann
Grand temps que j’achète des machines
Et de faire un Emprunt / Bien sûr –
Et de trimer après / Jour et nuit. Dimanches, fêtes,
Sur mon tout. Hardi !
(Pour payer les millions du prêt.)
— Pauvre Yann !
Laisse les machines au magasin

ANJELA, ICÔNE HIP HOP

Le monde s’organise pourquoi faire on n’sait plus
Mais on a rasé les talus et les bois ne sont plus
Le temps a passé sur la vie d’Anjela…

Le groupe breton Unité Maü Maü dédie son Chant venu de la terre à Anjela Duval, un titre qui figure dans leur premier album, enregistré en 2012 au Studio du Faune à Montauban de Bretagne (mix. Antoine Thibeaudau). Le clip commence par la voix fluette d’Anjela qui dit : Le plus important (dans la vie) ? Être libre.

Unité Maü Maü est une créature à sept têtes, six chanteurs enragés et un Dj, qui dénonce l’injustice et le chaos du monde. Si les paroles sont accablantes, elle ne sont jamais désespérées. Le collectif existe depuis près de dix ans, fruit de plusieurs périples dans l’hémisphère sud, d’une volonté forte de prendre part au changement (infos complètes).


Le refrain du Chant venu de la terre

D’une noblesse caleuse, pauvre à millions
Des bras de l’homme, de la grâce d’une mère
Du son de la tranche, de l’odeur des sillons
Un hommage à l’échange, aux désirs de transmissions
Des savoirs analphabètes snobés par l’instruction
Une ode à la vie, un hymne à la terre
Aux futurs de nos enfants, à la mémoire de nos grands-pères

ANJELA DUVAL

BIOGRAPHIE

Anjela Duval, née en avril 1905 près de Plouaret dans les Côtes du nord, est morte en novembre 1981 à Lannion. Dès les années 40, elle avait repris la ferme de ses parents dont elle était la fille unique, son frère et sa sœur étant décédés avant même sa naissance. Paysanne pauvre et simple, qui vit seule, elle écrit ses poèmes après sa journée de travail aux champs, sur un cahier d’école, dans sa petite maison du Vieux-Marché à Traoñ an Dour, un hameau isolé qui ne compte plus que trois habitants.

Elle lit le breton depuis très jeune, et se met à l’écrire dans les années 60. Elle n’a fréquenté l’école que jusqu’à l’âge de douze ans, suffisamment toutefois pour bien parler le français. Elle collabore à la revue Ar Bed Keltiek, ce qui est exceptionnel pour une paysanne.

Le style d’Anjela Duval constitue un pont entre le breton littéraire et le breton populaire et dialectal. Ce n’est pas seulement son œuvre qui la différencie des autres auteurs bretons, c’est toute sa vie qu’elle a consacré à chercher la vérité au-delà des apparences et sans se soucier de ce que ses contemporains pouvaient penser d’elle ou de sa quête. Elle a trouvé le bonheur en donnant sa vie aux autres. Gilles Servat, qui a appris en grande partie le breton à Traoñ an Dour (le hameau où Anjela a passé sa vie), lui consacre une chanson.

Extrait du film d'André Voisin sur L'ouest en mémoire.

CRÉDITS

Anjela Duval et la Saint-Jean (1971)
extrait de l’émission d’André Voisin « Les conteurs »
Evit kejañ gant Anjela Duval (1972)
Per-Jakez Helias rencontre avec Anjela Duval
source     Ina – ORTF

Un chant venu de la terre
par Unité Maü Maü

Anjela Duval et la terre
extrait de l’émission d’André Voisin « Les conteurs »
source     Ina – ORTF

ESPACE PARTICIPATIF

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