L'hypnose à la rescousse

les corps soignants cover hypnose

L’hôpital, plus encore que les autres services publics, a été passé au rabot de la rentabilité. La réforme hospitalière a éloigné les personnels soignants de leur vocation première : accompagner les patients, prendre soin d’eux. L’optimisation exigée de chacun de leurs gestes conjuguée avec une réduction constante de moyens, ont peu à peu déshumanisé leur fonction et les a conduit au mal-être : entre burn out et révolte.

Le recours à l’hypnose en milieu hospitalier est une manière de renverser la tendance et Liza Le Tonquer l'a bien compris, elle qui a suivi durant des mois le parcours d'individus qui ont décidé de se former à cette discipline. Un mouvement minoritaire qui ne demande qu’à gagner en influence.

LES CORPS SOIGNANTS

de Liza Le Tonquer (2019 - 52')

La traversée de trois soignants dans un paysage médical désorienté. Alain, Virginie et Sabine se forment à l’hypnose pour braver la tempête et retrouver le sens de leur métier. Malgré le manque criant de moyens et de personnels, ils tentent grâce à l'hypnose, de ré-humaniser l’hôpital.

>>> un film produit par Laurence Ansquer, Tita Productions

Soigner autrement

INTENTION

Je suis là, assise sur une chaise, Lolita me berce. Elle m'autorise à rire, à rire fort et à lâcher. Je vois ces quelques ballons qui s'envolent comme des papillons. Et puis je sens ma main qui se soulève de ma cuisse. Je ne lui ai pourtant rien demandé. Je continue à rire. Lolita rit avec moi. Mon bras monte, s'élève encore plus haut, se libère. Quelques heures plus tard, je ressens encore cette légèreté qui parcourt mon bras, mon corps. Je souris bêtement, sereinement. Rien ne peut m'arriver.
Je viens de découvrir l'hypnose.

Depuis un an maintenant, je filme un groupe de soignants en apprentissage de l'hypnose, à l'université de Brest. Je m'amuse à les regarder danser avec un patient imaginaire, accepter de perdre le contrôle. Je les observe soigner leur langage pour parler aux malades, gérer le stress qu'ils accumulent, les maladresses qui peuvent laisser des traces. Je les vois changer. Ce qui me touche et continue de m'émouvoir, c'est leur énergie pour trouver des chemins de traverse afin que l'hôpital ne se transforme pas en usine à soigner.

Alain est infirmier urgentiste à l'hôpital de la Cavale Blanche, à Brest. Dans les pics de fréquentation, les urgences de Brest accueillent 165 personnes par jour. Alain effectue 65 traitements en une journée, et cela fait dix ans qu'il raconte son quotidien aux urgences dans un journal de bord.


Pour mieux vivre ses journées, Alain comme de nombreux soignants, s'est tourné vers l'hypnose. C'est là, dans cet apprentissage, que je l'ai rencontré la première fois. Les yeux clos, la tête adossée contre un mur, il dessinait dans son imaginaire une séance de tango. A ses côtés, Virginie, infirmière aux cheveux courts ne parvenait pas à entrer en état hypnotique. Deux facettes d'une même réalité, Alain et Virginie incarnent le fil rouge de l'histoire que je veux raconter. Le combat d'Alain se passe aux urgences où se réduisent à peau de chagrin les solidarités, faute d'espace. Cet ancien usinier a fait le choix d'être infirmier pour prendre soin des gens. Aujourd'hui il refuse de travailler à la chaîne. Fort de son histoire familiale et de ses convictions ils s'arme d'outils pour tenir le cap et construire malgré les cadences, de vraies relations avec les malades. Alain travaille depuis 20 ans aux urgences de Brest. C'est là qu'il prend la température du monde.

Virginie est une battante. Infirmière, mère, pompière, elle a de l'audace et du franc-parlé. Mais à force de résilience, elle s'oublie un peu. Alors quand elle ose se pencher sur les souffrances des soignants, dans un univers peu enclin au « soutien psychologique », son combat vient faire écho à ses propres questionnements : comment parler de la souffrance de ceux qui soignent ? Faut il déconstruire l'image du soignant tout puissant ?

L'hypnose est un déclencheur. Dans un mécanisme défaillant, il ouvre des brèches. L'arrivée de l'hypnose dans le soin raconte quelque chose pour moi, des évolutions du traitement du corps dans notre société. C'est un aveu d'échec du soin par le corps médical. Un aveu d'échec du soin à la chaîne, mécanique, du corps du soignant aliéné qui soigne le corps d'un malade déconsidéré, qui ne prend pas en compte l'individu dans sa totalité ni son implication dans sa propre maladie et son rétablissement.

Et si cette pratique se répand autant, c'est qu'elle est prétexte à une nouvelle relation thérapeutique, si ce n'est plus empathique, en tout cas détachée de la distance convenue, établie habituellement, entre soignant et soigné. Dans la relation médicale, l'approche au corps est normée, uniformisée, imposée par la nécessité d'intervention. Tout à coup, la pratique de l'hypnose bouleverse ces schémas, en imposant au contraire une approche plus personnalisée à l'individu soigné.
C'est là, dans cette entaille, que le film a trouvé racine.

Liza Le Tonquer

BIOGRAPHIE
Liza Le tonquer réalisatrice

Formée en sciences sociales en master Relations internationales, mondialisations et interculturalités, Liza part vivre deux ans en Amérique du Sud afin de travailler sur la mémoire de la dictature chilienne. C’est en allant recueillir les témoignages que l’envie de faire des films m’est venue.
En 2012, elle entame un master en écritures documentaires à l'université d'Aix-Marseille où elle réalise son premier film Les petits soldats de l'univers-cité, tourné lors de la lutte étudiante où derrière chaque bannière, des visages, des étudiants, tentent de défendre leurs convictions sans se laisser engloutir par la masse. Après ses études, Liza s'installe à Douarnenez, travaille à Tita Productions, poursuit son travail d'écriture tout en travaillant sur d'autres films.
En 2018 elle réalise Soy Emma pour la série des Portraits de Mellionnec.

Soigner les soignants

REVUE DU WEB

OUEST FRANCE >>> Le public nombreux, et le débat qui a duré presque aussi longtemps que le film, ont montré combien la population est attachée à ces professionnels de la santé.

MANAGEMENT & AVENIR >>> Santé au travail et travail en santé. La performance des établissements de santé face à l'absentéisme et au bien-être des personnels soignants.

FACE À FACE >>> Prendre soin des soignants : la difficile construction d'une prise en charge psychologique du personnel soignant.

CRÉDITS

avec Virginie, infirmière au CHU Paimpol ; Alain, infirmier au CHRU Brest ; Sabine, manipulatrice radio ; Lolita Mercadié, Julie Morvan-Mayon, les patients, les élèves du DU d’hypnose clinique et médicale de l’université de Brest

réalisation Liza Le Tonquer
image Nedjma Berder
son Julie Abgrall, Lucie Hardoin, Liza Le Tonquer
montage Françoise Le Peutrec
mixage Frédéric Hamelin
étalonnage Youen Marivain, Stéphane Garry, Anne Lelandais, AGM Factory
musique El Maout

production Laurence Ansquer
coproduction Tébéo, Tébésud, TVR, Koulm Lucas, Charlotte Avignon, Aurélie Chambard-Rousseau, Bertrand Le Néna
avec le soutien du CNC, la Procirep-Angoa
avec la participation de la Région Bretagne, le FACCA

Artistes cités sur cette page

Liza Le tonquer réalisatrice

Liza Le Tonquer

ESPACE PARTICIPATIF

  • 21 Avril 2020 09:55 - VINCENT

    Très belle vidéo qui montre l'intérêt de l'hypnose bien intégrée à un geste de soin qui pourrait être désagréable pour le patient et les soignants et au final l'est beaucoup moins voir pas du tout, et même devient agréable, ce qui devient presque paradoxal, en tout cas inhabituel. Cela nécessite du personnel formé et mobilisé pour être là présent pendant ce geste de soin intégré à un autre geste de soin. L'idéal serait que la/les personnes qui réalise(nt) déjà le soin sur le plan technique puisse(nt) apprendre à mieux parler pendant le soin pour obtenir cet effet hypnotique ce qui économiserait du temps/ personnel.

  • 21 Avril 2020 09:51 - Ogier

    Super
    Bravo

    Comme thérapeute certifiée VIttoz IRDC le retour par le corps en particulier par les 5 sens aident à retrouver confiance
    Par les mots
    Par la visualisation

// Anonymous

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