La voie de Tao

« La voie de Tao »

Série web en skateboard sur les routes de Bretagne, pleine de cheveux au vent, d’encres fraîches, de visionnaires méconnus.

Avec Tao, la jeune skateuse-voyageuse, KuB approfondit son exploration du monde de la glisse comme art de vivre ; le skate comme une danse dans l’espace-temps ; un travelling perpétuel générant une myriade de vidéos sur le web ; le skate comme une épure, le moyen le plus sommaire, avec sa seule énergie musculaire, pour aller plus vite qu’à pied et, comme toujours sur KuB, à la rencontre des autres.

road trip glisse
PROLOGUE

Tao prépare un tour de Bretagne en skate ; elle envisage même, pour bientôt, une traversée de l’Europe. L’occasion de fabriquer un nouveau planchon, où elle dessine son visage à l’encre noire, comme pour signifier que le skate est un prolongement de son corps, un moyen pour elle de se mettre en mouvement, en apesanteur. Freddy Headshot l’aide à construire sa petite machine galbée.

Dans cette entrée en matière, les réalisateurs Mehdi Rondeleux et Adrien Bourguignon posent les jalons de leur style : la réalité par touches, sans discours ni commentaires, pour restituer des atmosphères et des personnalités.

I. STARTING-BLOCK

Avant de prendre la route, Tao va rendre visite à Rémy Sardat fondateur de The EDGE et le co-développeur de Metropolitan skateboard, histoire de peaufiner son planchon. Rémy ne s’arrête pas à la construction de skateparks et à la gestion de sa marque, il s’investit aussi pour les autres. Le partenariat que nous avons créé ensemble a été un réel enrichissement et m’a permis, épaulée de Freddy Headshot et de Rémy, de réaliser le Cosmic Shape, le cruiser aux allures de monstre des bowls des années 70, avec lequel je pars faire mon road trip.

II. CAMLEZ – DOUARNENEZ

Un couvent, du skate, des vaches, du dessin et un mariage, au menu de la première étape de ce tour de Bretagne…
À Camlez, Tao fait la connaissance de Sylvain, un breton engagé, créateur du Couvent Alternatif, un lieu original regroupant des commerces militants autour d’une ancienne chapelle servant de lieu d’animations et de festivités, et fondateur de Bretagne Réunie une association militant pour le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne.
Après une pause dessin dans la forêt féérique de Huelgoat et son chaos de rochers, Tao se retrouve un peu par hasard dans une soirée insolite aux Roches Blanches (Douarnenez), un ancien village de vacances transformé en squat, un lieu plein d’énergie créative qui accueille beaucoup de monde et où vivent une vingtaine de personnes.

Ce soir là, on y célèbre un mariage. Un mariage comme on n’en voit pas tous les jours, sans papier, sans administration, simplement pour marquer l’union de deux personnes qui s’aiment. Pour l’occasion, les mariés ont tué un mouton. Ici, peu de personnes mangent de la viande mais ce soir on fait une exception, et on accepte aussi exceptionnellement qu’une caméra se glisse entre les convives tous plus singuliers les uns que les autres.                            

III. CARNOËT – LA TORCHE

La voie de Tao nous emmène chez Ronan Châtain, co-fondateur de l’Ecole de Surf de Bretagne, trois fois champion de France de longboard. Malgré le temps qui passe, il a gardé son goût pour le risque, se mesurant de préférence aux grosses vagues, celles qui déclenchent des montées d’adrénaline. Quel que soit son emploi du temps, il préserve ces indispensables fenêtres de liberté.

En route pour la Pointe de la torche, spot mythique de surf, Tao traverse la Vallée des saints à Carnoët, un site où se dressent des statues monumentales des saints fondateurs de la Bretagne.

Elle doit ensuite faire une halte de 24 heures pour mettre son genou au repos, l’occasion de laisser du temps et de l’espace à son inspiration, qu’elle exprime à la surface d’une bâtisse abandonnée, au bord de l’océan.

IV. LA TORCHE – KERFLAND

Toujours à la pointe de la Torche, derrière Penmarch, Tao rencontre Loïc, shaper*, créateur de la marque de surf S.A.W. et pompier volontaire. Un jour, il a tout arrêté pour partir faire le tour du monde, sac au dos, et apprendre à façonner des planches de surf auprès des meilleurs masters shapers. Il fait perdurer une méthode de fabrication traditionnelle, à la main, sans informatique. Il discute avec Tao du sens du voyage, et du principe, selon lui, qu’on est tous de quelque part et qu’on y revient un jour ou l’autre.

Tao se sent mieux physiquement ; elle décide de reprendre la route sur son skate. L’épreuve physique la met face à elle-même. Elle pensait que ce serait moins difficile. Elle doute…

En partant elle passe par Kerfland au sud de Plomeur, où elle partage un moment avec un groupe de personnes qui voyagent avec yourte et caravane. L’un d’eux se lance dans un slam, en hommage à Gaïa, la Terre-mère.

* Celui qui sculpte la forme de la planche, selon le besoin de chaque surfer.

V. RIEC-SUR-BELON – LORIENT

Vincent est ingénieur. Avec l’Atelier Paysan, il développe des formations pour que les agriculteurs se réapproprient leurs outils de travail. Fabriquer ses outils, c’est penser sa propre manière de travailler, ne plus être dépendant des constructeurs. Vincent diffuse les plans et les techniques d’assemblage en libre accès sur internet. Licence libre, à copier, mutualiser, à enrichir… Il invite les paysans à redevenir des chercheurs, des auto-constructeurs, pour reconquérir leur autonomie. Une quête de liberté comme les aime Tao !

En route pour Lorient, la dernière étape de son tour, elle rencontre Guillaume et son chien Jam. Guillaume est goémonier, il l’embarque dans son camion pour qu’elle s’essaie au ramassage des algues…

VI. LORIENT SUR SCORFF

Dernière soirée au bord du Scorff, pour Tao et quelques copains. Un pistolet à air comprimé pour s’essayer au tir à bout portant face à la rivière. Les chaussures crissent, les planches craquent… Les skateurs skatent et Tao dessine. Envols aussitôt suivis de torsions, de chutes après un bref instant d’apesanteur. Puis tous pénètrent dans l’obscurité d’un bunker hanté par les chauves-souris. Une après-midi simple, bon enfant, le skate comme objet de cohésion, morceau de bois malmené. Une après-midi qui marque la fin de ce road trip breton. Tao pense déjà à la suite, for a new beginning after the end

CRÉER DES CHOSES QUI ONT DU SENS

INTENTIONS

La voie de TAO 4

Tao raconte son lien à la Bretagne et le projet qu’elle y mène.

Il me semble important, vu les dégradations permanentes auxquelles nous faisons face, de créer des choses qui ont du sens. L’idée n’étant pas de prôner quoi que soit, ni d’affirmer un point de vue en tant que dogme, je veux simplement servir de pont entre des personnes, des lieux, et événements vers lesquels je vais, pour qui le système n’a pas encore annihilé toute forme de réflexion.

Je suis née en France, l’ai parcourue dans tous les sens, depuis toujours, enfant avec ma mère et seule depuis mon envol à 13 ans.

J’ai vécu la France, et l’Europe également, et j’ai constaté à peu près la même chose partout : les gens se mentent, se manipulent, cherchent le pouvoir en écrasant l’autre, à toutes les échelles. Je ne me sens pas appartenir au territoire français, je ne me sens pas non plus appartenir à la Bretagne, je me sens libre. Et je suis fermement convaincue que chaque personne qui suit sa propre voie en fait bien plus que tout les cliques qui s’indignent autour du dernier fait divers, et ne tardent pas à passer à autre chose.


Arrivée en Bretagne

Il y a deux ans, par hasard, guidée par la vie et ses rencontres, une opportunité de transition vers de nouveaux horizons s’est offerte à moi. C’est comme ça que je me suis retrouvée dans le Finistère nord. J’y ai découvert un lieu où de nombreuses pensées sont restées libres. À chaque nouvelle rencontre, quelle qu’en soit la durée, les hôtes rivalisaient de gentillesse et d’égards. Plus la Bretagne et toutes ses terres s’ouvraient à moi, plus ce ressenti se confirmait.

C’est après avoir repris le large, quittant l’Ouest pour repartir sur les routes, que mes pas m’ont à nouveau conduit en Bretagne, un an plus tard, à Rennes cette fois-ci. Je me promenais dans les tréfonds de l’Auvergne, l’âme en peine pour être honnête, et je suis tombée sur un concert qui m’a redonné le sourire et m’a poussé à aller causer un coup avec le groupe. Le soir, Yann, l’accordéoniste du groupe, se basculant sur sa chaise les deux mains derrière la tête et l’air serein m’a balancé : Tiens mais Tao, viens vivre avec nous à Rennes, on va continuer à bien se marrer. Ce qu’on a fait, et voilà maintenant un an que j’y vis.

Plus j’y suis, plus je me rends compte des possibles qu’il y a ici, notamment sur le plan artistique et culturel. Comme mon but est d’avoir des projets artistiques, ça m’a beaucoup plu. Et puis, sur Rennes et ses alentours, tout est organisé pour que les jeunes gais-lurons bretons assoiffés puissent se délecter d’une scène rock, psyché, garage, zinzin fuzz à tout moment et en toute impunité. C’est une chose qu’on ne voit quasiment plus : les gens qui s’amusent en permanence sans se soucier de ce que les autres pensent, la fête qui règne. Je ne veux pas idéaliser ; comme partout il y a des cons et des fauteurs de troubles, on n’est pas à l’abri de se faire emmerder et tomber sur des abrutis. Je me permets toutefois de le dire comme je le pense, après avoir vécu dans de nombreuses régions, la Bretagne a quelque chose qui a su me retenir.
 C’est pour ça qu’aujourd’hui je me lance dans un projet qui est à la fois un hommage, une recherche et une préparation.

Étant dans le milieu du skate depuis toujours, et me préparant pour 2017 à rallier Rennes à Saint-Petersbourg en skate, j’ai décidé de prendre mon planchon et de parcourir la Bretagne, à la rencontre de sa véritable force. Elle m’a inspiré ce voyage car j’y ai découvert quantité de personnes à la pensée libre et aux actions justes. C’est cette Bretagne que je veux montrer, celle qui m’anime, celle qui me fait dire que cette terre est bel et bien à part, avec ses traditions et sa culture uniques, tout en étant une région où se mêlent toutes sortes de populations, d’opinions et de problématiques. L’esprit breton ouvre de manière significative des portes vers la simplicité d’être soi.

TAO VUE PAR

BIOGRAPHIE

La voie de TAO 2

Tao a 22 ans.

La mère de Tao est une artiste qui a dédié sa vie à l’étude des couleurs, faisant de sa vie son œuvre d’art. Chaque jour, elle vit aux rythmes de celles-ci ; dans l’habillement, l’alimentation, l’organisation des pièces de la maison. Tao a l’habitude, petite elle était habillée d’une couleur unique, chaque jour. Son père est forgeron. Avec les traits du forgeron précise-t-elle. C’est le genre de gars, s’il te dit non, tu dis d’accord; tu cherches pas à comprendre ni à broncher…

En 22 ans, Tao a eu dix vies. Elle a beaucoup bougé, d’abord avec sa mère, menant une vie de nomade, explorant chaque merveille, dormant parfois chez des amis ou des gens rencontrés le jour-même. Je pouvais me réveiller dans un appartement miteux et m’endormir le soir-même dans un château.


Emancipation

À 13 ans, elle décide de partir vivre seule à Marseille.

Je m’ennuyais et je me suis dis que ce n’était pas possible, je n’avais pas envie de ça. Sa mère l’accompagne au début, la confie à des amis, puis retourne en Ardèche avec son nouvel enfant, laissant le choix à Tao de la suivre ou pas. Dès lors, elle est livrée à elle-même, va à l’école un peu quand elle en a envie, et se débrouille pour trouver un endroit pour dormir. Vivre seule à Marseille, à 15 ans, devient trop lourd. Elle part pour de nouveaux horizons tout en noircissant des carnets entiers de dessins. Parfois elle suit des rencontres, des amours, pour quelques semaines ou quelques mois, vit une aventure, réalise de nouveaux projets et repart.

Aujourd’hui elle vit à Rennes, et s’est inscrite en première année d’une licence de Russe. Nous l’avons rencontrée début octobre 2015, et elle nous a raconté son histoire : Il y a quelques mois j’ai rencontré des musiciens qui faisaient un concert. Il y a eu un bon feeling, j’ai passé la soirée avec eux, puis celle d’après… J’étais dans une phase de transition sans trop savoir ce qui m’attendait après. Ils m’ont proposé de venir habiter avec eux à Rennes et de les suivre dans leurs vies, j’ai dit oui. Le lendemain j’ai abandonné ma voiture pour partir avec eux. Ça m’est arrivé pas mal de fois, ce genre de départ impromptu dans ma vie. Même si j’ai une base en Ardèche d’où je suis originaire, j’ai grandi comme ça.
 Ma mère, c’est un putain de personnage, elle a une magie incroyable. Parfois je lui parlais d’un truc que j’aimais bien, comme un jour de montgolfières. Je m’endormais dans mon lit et le matin au réveil, j’étais sur la banquette arrière de la voiture, ma mère qui dormait devant, on était garées au milieu d’un immense champ avec plein de montgolfières qui s’envolaient. Elle avait roulé toute la nuit pour m’emmener à cet endroit et que je me réveille pour voir ce truc ! C’est arrivé mille fois. Je pense qu’on peut qualifier mon enfance d’atypique, j’ai fait tous les systèmes éducatifs possibles et imaginables, j’ai sauté des classes puis j’en ai repassé après. J’étais très libre. Je pouvais passer des heures juste le cul posé sur une branche, à m’imaginer des histoires, ma mère me l’a souvent rappelé. J’ai grandi sans le moindre argent, je pense que ça fait aussi partie de ma débrouille, j’ai grandi comme ça donc j’ai pas de souci là-dessus, je suis rarement déroutée par le manque de moyens.

Durant les deux ans où j’ai vécu à Marseille, j’étais seule, même si très vite j’ai rencontré des gens qui sont devenus mes amis. Tous les jours il fallait que je trouve quoi faire, où aller, où dormir, et souvent quoi manger. À treize ans, on peut pas bosser donc mis à part le peu que pouvaient me donner mes parents, j’avais pas beaucoup de tunes. Des fois j’y réfléchis et je me demande comment j’ai fait. À cet âge je paraissais beaucoup plus âgée, les gens ne m’arrêtaient pas dans la rue pour savoir si j’étais perdue. À la fin ça devenait vachement craignos, je me suis fait casser la gueule pas mal de fois sans raison aucune. Les mecs n’avaient aucune retenue. C’était pas toujours facile, mais je réagissais en me disant que j’avais voulu cette merde, et je devais aller jusqu’au bout si vraiment je voulais que ça me serve à quelque chose. 

Étrangement je n’ai pas eu l’impression d’avoir vécu l’adolescence ; mes parents me l’ont dit aussi. À part le fait que légalement on est majeur à 18 ans, seul un parcours de vie peut conduire à la maturité. Il y a plein de gens qui ont critiqué mes parents pour la liberté qu’ils m’ont laissée, à tort. J’estime qu’ils m’ont donné la possibilité de grandir et d’être moi. Je rencontre des gens partout, je n’ai pas un lieu où il y a tous mes potes, les gens que j’aime sont un peu partout, les gens avec qui tu as des choses à vivre tu les retrouves toujours. 

MEHDI RONDELEUX & ADRIEN BOURGUIGNON

BIOGRAPHIE

La voie de TAO - réalisateurs

Mehdi et Adrien travaillent le plus souvent au sein de leur collectif Touch Wood regroupant de nombreux talents, dans la vidéo, la photo, la musique ou encore l’écriture. Leur motivation est née de leur soif de création et leur désir de partage. Ils aiment suivre le quotidien de sportifs ou d’artistes. Ils aiment raconter des projets originaux et des passions marginales, ils aiment mettre en mouvement les histoires des uns et les rêves des autres. Des bouts de vies pleines d’envies, qu’ils veulent partager, pour que chacun puisse à son tour voyager au gré du son et des images.

MAMA STONE & THE SWANG GANG

BIOGRAPHIE

La voie de TAO  - Mama Stone

Mama Stone & the Swang Gang est un groupe formé de quatre amis : deux marseillais et deux parisiens. Leurs influences musicales vont de Ravel à Georges Clinton, de Tame Impala à Mingus, en passant par Alain Goraguer ou Kraftwerk. Réunis en dehors de Paris durant deux semaines en septembre 2015, ils enregistrent Howl & Owl, premier album du groupe composé par Bedis Tir. Ils sont accompagnés au mixage et aux textures par Edouard Pons, bluesman et sound-designer qui vient ajouter sa patte au fructueux mélange. L’album est une longue pièce de huit morceaux qui s’enchaînent et se chevauchent, racontant mille histoires aux conclusions incertaines.

En live Mama Stone & the Swang Gang recréent la puissance hypnotique de leur album en jouant une heure d’affilée sans temps mort, visant la transe collective avec le public tout en laissant la part belle à l’improvisation.

LE SKATE, PRATIQUE SUBVERSIVE ?

PRESSE

 Claire Moulène, Les Inrock>>> Comme le graf et le hip-hop, le skate a fait son entrée au musée. Est-il encore une pratique subversive ?  

KuB VOUS RECOMMANDE

COMMENTAIRES

Votre avis, votre témoignage nous intéressent ! Nous vous invitons à nous laisser un commentaire ci-dessous.

28 Mars 2017 12:21 - Mathilde

Hé bien je me suis souvenue d'aller voir cette série de documentaire après avoir rencontré Tao jeudi soir et bah je ne suis pas déçue. C'est un super projet, et j'ai hâte de voir la suite en direction de la Russie ! Bonne continuation à tous