Re-naissance

« Cabane » de Simon Guélat
adolescence transgression solitude

Ils sont quatre - deux garçons, deux filles - quatre adolescents qui s’essayent à la transgression, dans une cabane de Robinson plantée au cœur d’un camp militaire. Braver l’ennemi - ici : l’armée, les militaires - jusqu’à tirer des fusées de détresse sur l’épave d’un navire de guerre. Mais l'expérience zadiste tourne court, les contestataires sont reconduits à l’entrée du camp, dans le civil.

À ce point du film, le récit change de registre, focalisant sur Denis, le plus engagé des quatre, qui se réintroduit dans la zone interdite. La cabane hors du monde sera son terrain d’envol pour une vie qu’il place sous le signe de Dionysos, le dieu de tous les excès. Incarné par un bouc qui rôde dans les bois, de nuit… la bête conduit Denis dans un labyrinthe marécageux, et de là, sur des rives où miroitent ses désirs.

Tourné à Landévennec près de Crozon (Finistère), Cabane est le film prometteur d'un jeune réalisateur, Simon Guélat, qui interprète par ailleurs le rôle de Markus dans 120 battements par minute, Grand prix du jury à Cannes 2017, sorti en salles fin août.

Édito : Serge Steyer

Auteur-réalisateur d’une trentaine de films depuis la fin des années 80, principalement des documentaires pour et avec la télévision publique (France Télévisions, Arte). Auteur d’articles et de dossiers papier pour Films en Bretagne, dont Photographie de l’activité cinématographie et audiovisuelle en Bretagne (2009) et Réinventons l’audiovisuel public (2013). Directeur ...

CABANE

un film de Simon Guélat (2016 - 27')

Durant lʼété, quatre adolescents se retrouvent illégalement sur une zone militaire pour construire une cabane. Mais la rentrée scolaire est proche... et lʼâge dʼor quʼils ont vécu autour de ce projet prend lentement fin.


PRIX ET FESTIVALS

Festival Transposition (Prix de la meilleure image), Festival international du film de Locarno, Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand, Festival Travelling, Festival de cinéma de Douarnenez, Pink Screens film festival, Arizona international film festival,
Lucca Film Festival & Europa Cinema, Chéries-Chéris 2016













>>> un film produit par Justin Taurand et Aurélien Deseez, Les films du bélier

DÉPASSER SA PEUR

INTENTIONS DU RÉALISATEUR
Cabane de Simon Guelat

La cabane représente un espace de liberté arraché aux adultes alors que l’autorité est partout autour d’elle. Pour Denis, le protagoniste principal, il est hors de question de l’abandonner. Il n'y est pas prêt. Le monde adulte ne le fait pas rêver, il n’y voit pas de but, quelque chose vers quoi aller. De plus, grandir marque la fin de sa relation ambiguë avec Matthieu, qui lui dira que ce qu’ils vivent n’est plus de leur âge.
Ce qui me touche particulièrement dans le personnage de Denis, c’est sa volonté de sauver cet idéal que représente pour lui la cabane, alors que les autres le lâchent petit à petit. On le sent démuni, mais engagé. C’est notamment par le rêve, où il dépasse sa peur, qu’il parvient à la fin du film à aller de l’avant, et prendre une autre direction.


Un autre fil conducteur du récit est celui du mythe. Cette histoire contemporaine fait écho à une histoire plus lointaine, celle de Dionysos (le prénom de Denis est d’ailleurs dérivé de Dionysos). Dionysos, dans la mythologie, représente ce qui est différent, ce qui perturbe, mais il incarne aussi la re-naissance (on l’appelle le « deux-fois-né »).
Le mythe permet à Denis de parler de lui de manière indirecte. Dans la partie « rêvée », il va jusqu’à l’incarner lui-même. En suivant le bouc (Dionysos apparaissait parfois sous la forme d’un bouc) puis le berger, Denis renaît en traversant le lac.

Le film opère un basculement de ton et d’atmosphère quand on entre dans le rêve de Denis. Le personnage est maintenant seul avec sa peur. Pour que celle-ci existe, l’univers qui l’entoure doit être menaçant. Or, je ne crois pas que cela doit prendre une forme fantastique. Andreï Tarkovski disait que les rêves à l’écran doivent avoir les formes naturelles de la vie. J’aimerais malgré tout trouver la densité de cette peur, et pourquoi pas flirter avec le film d’horreur. Il s’agit de trouver une étrangeté qui garde un caractère très concret. 
Une référence marquante pour moi (en terme d’images) est un film récent : L’inconnu du lac d’Alain Guiraudie. Claire Mathon, chef opératrice du film, a travaillé uniquement en lumière naturelle. Elle est parvenue à créer une image pleine, colorée, la sensation d’un film en grand format. Dans les séquences de nuit, notamment la scène finale, elle rend physiquement inquiétant un décor qu’on a vu précédemment sous un angle opposé. Elle crée une tension, on se demande toujours ce qui va surgir. Ces qualités lumineuses explorées chez Guiraudie m’intéressent beaucoup pour la photographie de Cabane
La distribution va aussi jouer un rôle primordial. Il s’agira de créer un groupe. Il est très important pour moi que quelque chose de vivant ait lieu à l’image. Je prévois pour cela plusieurs rencontres au préalable, voire une sorte de stage sur plusieurs jours (mon métier de comédien m’aidera sans doute dans cette partie du travail). J’aimerais notamment adapter les dialogues au phrasé et au vocabulaire de mes futurs acteurs. Je ne suis pas arrêté sur cette idée, mais je pense tout d’abord auditionner des jeunes venant du Jura suisse, avant tout pour l’accent particulier de cette région. 
J’ai écrit ce scénario grâce à l’obtention d’une bourse suisse d’aide à la réflexion autour d’un projet artistique. C’est mon premier « projet cinématographique » en tant que scénariste et réalisateur. C’est peut-être pour cela que j’ai voulu l’inscrire dans un terreau autobiographique. L’histoire de Denis n’est pas mon histoire, mais il y a des résonances avec mon enfance passée dans un village du Jura suisse entouré par une zone militaire. Je n’ai donc pas choisi cet univers uniquement pour sa charge symbolique ou esthétique. Les lieux existent de manière très précise dans mon esprit. 
Je souhaiterais que Cabane, que ce soit par le travail du jeu, de l’image, du son et du montage, garde quelque chose de brut, comme l’est l’adolescence que je dépeins à l’écran.     

Simon Guélat

SIMON GUÉLAT

BIOGRAPHIE
Simon Guelat realisateur Cabane

Simon Guélat est né dans le Jura Suisse en 1985. Il a suivi une formation d'acteur à la Haute Ecole de Théâtre de Suisse Romande, dont il est sorti diplômé en 2007. Il travaille alors avec plusieurs réalisateurs et metteurs en scène francophones : Ursula Meier, Lionel Baier, Francis Reusser, Matthieu Bertholet, Eric Vigner, etc. En 2010, il déménage à Paris. En parallèle de son métier d'acteur, Simon Guélat écrit et réalise son premier court métrage Cabane, produit par Les films du Bélier. Le film sera sélectionné dans de nombreux festivals, notamment à Locarno et à Clermont-Ferrand. En 2016, il suit une formation en réalisation documentaire aux Ateliers Varan et réalise dans ce cadre le court-métrage documentaire Chahine, sélectionné au Festival Visions du Réel à Nyon. Il prépare actuellement son deuxième court métrage de fiction, Aline, et interprète Markus dans le long métrage 120 battements par minute de Robin Campillo, Grand Prix au festival de Cannes 2017.

UNE BULLE HORS DU MONDE

REVUE DU WEB
Cabane Simon Guelat

La brasserie du court >>> Simon Guélat : Je crois beaucoup à la valeur du symbolique. Certains actes apparemment inutiles, peuvent, s’ils sont investis, avoir une portée déterminante, donner du sens ou aider à vivre. Dans Cabane, j’ai essayé d’être du côté des personnages, en particulier de Denis, de donner à voir sa subjectivité. C’était donc important que la cabane et ses alentours, cette bulle au milieu de la désolation militaire, puisse visuellement paraître hors du monde, comme une utopie, un rêve. Elle est tout ce que ces jeunes gens ont mis dedans. Y dormir seul, pour Denis, va sans doute lui permettre d’aller au bout de ce projet et du désir qu’il porte, de l’explorer, d’affronter sa peur, pour pouvoir ensuite aller ailleurs.

Livre et lecture en Bretagne >>> Tout en finesse, le réalisateur distille quelques indices sur les relations entre les personnages. Le lieu est chargé de sens, le moment est crucial : le passage de l’enfance à l’adolescence, la perte de l’innocence, la transgression… Sur certains aspects, le film fait penser à Tropical malady d’Apichatpong Weerasethakul. 

Psychologies >>> Pour l’enfant, bâtir une cabane, c’est construire pour la première fois. Et se construire.
En dressant quatre murs rassurants, un toit et une porte, que lui seul pourra ouvrir ou claquer, il fait ses premiers pas vers l’autonomie. Dans leur cahute, les bambins se forgent une identité, en y érigeant des règles, des relations sociales inspirées de celles des adultes, mais dans un « comme si » qui n’est pas un « tout comme », explique le pédopsychiatre Eric Lemonnier. L’enfant édifie d’ailleurs toujours son abri à proximité des espaces de vie des grands. Car il est avant tout un point de guet, d’où il peut voir sans être vu. La cabane joue un rôle de laboratoire de la personnalité en devenir. Dans cet atelier d’expérimentation psychique, l’enfant se forge des secrets et cache, tels des trésors, les réponses obtenues à ses questionnements.

ESPACE PARTICIPATIF

PROPOSER

une œuvre ou un projet

COMMENTER

votre avis nous intéresse !

KuB vous recommande