TOTORRO, Yaaaago

« Yaaaago » par Antoine Biotteau

Le vélo : un véhicule du cinéma à part entière

La vie, c’est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l’équilibre. Le nouveau clip des post-rockeurs Totorro, apporte une réponse à cet aphorisme d’Albert Einstein, avec la proposition - musclée mais pas dopée - de carrément dévaler les pentes. Leur math-rock épique sent pour l’occasion l’huile de coude et le WD40, avec le morceau Yaaaago comme cri de ralliement, et un pédalier clinquant comme totem de cette patrouille improvisée. La guéguerre au soleil est déclarée, où l’on défend son château (de sable) à coup de pistolet (à eau) dans un conflit tout sourire et pommettes rougies. Tant pis pour le sable dans les rayons, les marques de bronzage aux genoux, et que le meilleur gagne ! Le dernier arrivé à la plage est fan de Phil Collins.  
Le clip démarre sur les chapeaux de roue, à ras-le-bitume chaque participant s’empare de sa monture et l’on embarque à toute berzingue avec cette équipée, au plus près des pignons et des guidolines trempées de sueur. Comme toujours chez Totorro, la complexité se fond avec la légèreté, pour que l’effort ne vienne jamais entacher le plaisir et l’allégresse, à l’image de cette fausse course à bicyclette où la fatigue et la peine ne sont qu’un masque ironique qui disparaît face au vent. La vie y est une fois de plus un jeu, une compétition enfantine faite de médailles en chocolat et de récompenses en carton pâte. Après une grosse prise de vitesse calée sur la frénésie des guitares, la cadence ralentit et on se laisse en roue libre pour prendre de la hauteur au gré des variations du morceau. La caméra décolle soudain, comme le vélo de E.T. qui s’envole vers la lune, et nous invite à changer de point de vue sur la virée de ces quatre garçons dans le vent. À grand renfort de drone, la course se transforme en une robinsonnade amicale, au cœur d’une crique du cap Fréhel qui vient servir d’abri de fortune pour des jeux de plage et du cabotinage. Une zénithale parfaite vient transformer l’amitié de ces garçons en une chorégraphie salée, qui rappelle Bathing Beauty de George Sydney et les nageuses synchronisées de son ballet nautique. 


La petite reine s’invite régulièrement chez le Septième Art, le mouvement du pédalier s’accordant à merveille avec celui de la bobine. Moyen de transport, source de conflit ou objet nostalgique, le vélo est un véhicule du cinéma à part entière, du Voleur de Bicyclette aux films de Judd Apatow, en passant par Bourvil. Les vélos du réalisateur Antoine Biotteau sont ici de fidèles compagnons de route, le destrier millénial de ces cavaliers balnéaires, qui frôlent l’asphalte de bord de mer avec les sabots de leurs baskets. Une fine équipe qui n’est pas sans rappeler les rejetons des Goonies, qui fonce tête baissée vers une aventure sans risque. Car chez les Totorro, la guerre est toujours en mousse, et l’on se donne des rôles comme des gamins, sans se préoccuper vraiment de savoir qui sont les cow-boys ou qui sont les indiens. On replonge nous aussi en enfance, et notre réminiscence proustienne ne passe pas par une madeleine mais par le mouvement d’un rayon de vélo, un Rosebud bien huilé qui nous ramène illico presto à une image d’Epinal sur la côte, sans même changer de vitesse. On sent soudain, nous aussi, un embrun salé recouvrir nos lèvres, et l’on espère avec une rage joviale arriver les premiers au bout de cette virée sauvage, les pieds vissés à nos pédales et les doigts collés au guidon pour arpenter la houle de la route.
La formule de l’équation parfaite et spontanée de Totorro réside surement dans son utilisation d’inconnues à forte teneur en émotion. Pas de message engagé, de colorant ou de conservateur mais du pur jus de sensation, où l’on utilise le quotidien et l’intimité pour forger une citadelle de références dans laquelle chacun trouvera chaussure à son cale-pied. Une oasis de bonne humeur vitaminée, fondée sur la private joke, un principe qui s’étend de leurs clips jusqu’aux titres de leurs chansons, toujours énigmatiques, voire férocement débiles, en tout cas décomplexés ! Yaaaago par exemple est le nom du chien de la buraliste en bas de la colocation de ces joyeux garçons, et l’on attendra un nouveau clip pour vous dévoiler les autres, puisque ces quatre musiciens ne sont pas partis pour perdre l’équilibre.  

Édito : Margaux Dory

Au clavier, Margaux Dory, jeune produit de l’Université Rennes 2 et fidèle de la scène musicale, souvent planquée derrière une caméra sur les hauteurs de l’UBU ou dans la foule des premiers rangs. Cinéphile née sous MTV et à des heures hindoues, habituée des captations live, des webdocumentaires et des ...

YAAAAGO

un clip réalisé par Antoine Biotteau (2016 - 3'32)

LOGO Festival du Film de l'Ouest

Une simple balade à vélo le long du Cap Fréhel se transforme rapidement en une course poursuite déjantée où les coups les plus absurdes sont permis.

Le clip d'Antoine Biotteau a reçu le prix KuB lors du Festival du film de l'Ouest 2017

Gros coup de cœur et de soleil pour le clip Yaaaago de Totorro lors de la dernière édition de Courts en Betton. Le choix fut bien sûr difficile, la sélection clip présentant divers objets hauts en couleurs, tous très différents dans leurs sujets, leurs thèmes ou leurs réalisations. Animation, maîtrise, humour ou dérision, chaque vidéo nous a apporté son lot d’arguments et de sourires. Pour en finir avec nos hésitations, Maxime, Stellis et moi-même avons donc décidé de nous avouer sans concertation et sans tabou quel était le clip que l’on souhaiterait revoir tout l’été. Et c’est l’ensoleillé Yaaaago qui est sorti du chapeau, en chœur et du fond du cœur. 

C’est donc ce clip-là que l’on emmènerait sur une île déserte, pour son énergie, sa joie de vivre, son accord parfait entre l’image et la musique, qui nous rappelle que la vie est une course sans gagnant, à laquelle il faut participer en étant bien accompagné. Et que l’avenir sourit aussi aux rêveurs et à ceux qui oublient leur crème solaire. 

Margaux Dory, jury KuB

Un rock conceptuel et une bonne dose de virtuosité instrumentale

REVUE DU WEB
totorro album come to mexico

Ferarock >>> Totorro est un groupe unique, difficile à catégoriser, qui offre des repères, certes, mais des sensations et des émotions qu’on n’a jamais assemblées de cette façon. Une musique instrumentale qui en dit long, où chaque épisode raconte des choses qui rendent les mots inutiles. Pas de chanteur, on observe les deux guitaristes (Christophe Le Flohic et Jonathan Siche), le bassiste (Xavier Rose), et le batteur (Bertrand James). Tout s’imbrique à la perfection. Ils ont passé des heures et des heures ensemble et ça se sent. L’union fait la force. Certains qualifient sa musique de math-rock, pour exprimer une certaine complexité dans la structure des évènements, mais les morceaux se vivent comme des histoires racontées... finalement assez éloignées des maths !

France Inter >>> Les Totorro jouent un rock conceptuel et instrumental qui bouscule les codes de la métrique traditionnelle. Ainsi on va pouvoir entendre des mesures à 3, 5, 7 temps, ce que le jazz ou même Stravinski ont déjà expérimenté.
Et donc c’est à partir de cette pulsation avec laquelle ils jouent qu’ils créent la surprise. À cela s’ajoutent une bonne dose de virtuosité instrumentale et un travail sur les textures sonores, rendant ainsi chacun de leurs titres plus réjouissant les uns que les autres.

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