EYJAFJÖLL, I, whale shark

« I, whale shark » réalisé par Meupy

L’auditeur entendra des sons gutturaux, à la frontière de l’humain et de l’animal.

De l’Islande au Mexique en passant par les abysses pour finir dans le désert, la musique d’Eyjafjöll – en référence au volcan islandais

 attire, intrigue et percute, véritable plongée pour entrer en résonance avec soi. Filmé en noir et blanc, principalement en Ille-et-Vilaine, I, Whale Shark se tient à distance de l’idée que l’on se fait de la Bretagne. Combinés à la musique, les partis-pris du réalisateur nous donnent à voir une course effrénée dont nous devenons prisonniers. Un homme court, en costume-noir-chemise-blanche, portant à la main un chapelet au bout duquel le spectateur découvrira par la suite une sorte de talisman (qui se révèle être le logo de l’artiste, savant mélange de triangle et de V, peut-être un écho à son nom de scène). 

L’équipe glisse que le point de départ du clip a été le visionnage de L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot. Cette figure de l’homme qui court, son visage et l’inquiétude que l’on peut lire dessus sont en réalité un miroir qui nous est tendu. I, Whale Shark questionne le rapport de l’Homme au temps, cette course représente bien une absence totale de contrôle : accélérations, ralentis. Si ce n’est pas son élan qui est touché, c’est le monde qui l’entoure. Il ne s’arrête d’ailleurs jamais, mis à part pour replacer son talisman. L’aliénation de l’Homme au temps, au-delà du topos, semble être ce qui aimante sa vie : la quête de soi dans un perpétuel en-avant ; la musique va crescendo, créant la sensation d’une montée de quelque chose qui viendrait de ses propres abysses. 


Eyjafjöll confie que la conception du titre a eu lieu suite à une plongée au Mexique, au large de l’île de Mujeres, où il y a de nombreux requins-baleines. Si le morceau leur ressemble par cette dimension mystérieuse et cette progression inéluctable, il faut aussi souligner les passages où l’auditeur entendra des sons gutturaux, à la frontière entre l’humain et l’animal.

Déjà à la réalisation du clip précédent d’Eyjafjöll, Meupy reprend du service pour cette création. Les plans sont très travaillés, avec une attention particulière pour faire coïncider au maximum l’image et le son ; les basses et les foulées du personnage deviennent alors synchrones. Effet tout autant captivant qu’il est redoublé par des ralentis, des travellings arrière, des inserts etc. Notre homme régit à la fois la cadence et le temps au sein de l’œuvre. La combinaison des mouvements de la caméra et de l’œuvre musicale guide l’œil et l’oreille tout au long du trajet, ce dernier nous menant d’un paysage urbain à quelque chose de plus sauvage et désertique à la fin, un désert où le protagoniste finit par disparaître complètement, tel un mirage. 

En somme I, Whale Shark est un bon moyen d’entrer dans l’univers d’Eyjafjöll, où la création musicale n’est pas isolée d’une réflexion sur ce qui l’entoure. À ce propos je recommande d’écouter l’intégralité de son nouvel EP Galaxies Genesis, et pour les plus aventuriers dont la soif d’ailleurs n’aura pas été comblée, le titre Levitation de l’EP Shining in the dark.

Édito : Arthur Vaillant

Arthur Vaillant, breton d’adoption et littéraire depuis toujours, avec un intérêt certain pour la musique et l'envie de faire de nouvelles découvertes.

I, WHALE SHARK

un clip réalisé par Meupy (2017 - 5'48)

Rythmiques explosives, synthés décadents et basses d'outre-tombe… Eyjafjöll fait voyager des marais de la forêt amazonienne aux caves gypsies andalouses, des vallées arméniennes aux hangars de Détroit en passant par les souks d'Istanbul. Voyage de nuit, mystique, la musique d'Eyjafjöll est façonnée pour danser et s'évader vers d'autres galaxies.
Le groupe a deux albums à son actif : My mind, your landscape paru en 2014 et Shining in the dark en 2015.

UN CLIP QUI DÉFIE LE TEMPS

INTENTIONS ET MAKING-OF

La principale difficulté technique pour ce clip était de réussir à shooter la plupart des plans en travelling arrière, ce qui dans certains décors était un vrai défi (il a souvent fallu faire appel à du bricolage et à notre sens de l'équilibre).  Il a été tourné en noir et blanc entre mai et septembre 2016, principalement en Ille-et-Vilaine. Au montage, il a fallu un gros travail sur la cadence des images pour réussir à garder un certain rythme qui colle avec la musique sans que ce soit trop mécanique.

Le morceau, son titre, ainsi que son clip sont nés d’une plongée qu’a réalisé l’artiste lors d’un voyage au Mexique, au large de l'île Isla de Mujeres, en 2015 où il a croisé la route d’un requin baleine - whale shark en anglais - une rencontre qui l’a bouleversé. Le morceau est un peu comme les requins baleines, il avance dans un milieu sombre et mystérieux, mais il a quelque chose de très affirmé, d’imposant. C'est ce qui a été voulu dans la mise en scène, un peu dure avec beaucoup de ralentis et de prises de vitesse, le personnage est presque tout le temps filmé en frontal, jamais de dos, à part la scène finale. 


MEUPY

BIOGRAPHIE DU RÉALISATEUR
meupy realisateur

Meupy, 40 ans, rennais, passionné par la photographie, aime s'aventurer sur le terrain du clip et du court métrage. 

DJ techno sous le nom de Rocky Love Fucker, il était déjà à la réalisation du précédent clip d'Eyjafjöll, Shining In The Dark, en 2015 pour un univers psyché et festif. 

Cette fois-ci pour I, Whale Shark, il a travaillé en noir et blanc pour un clip graphique et envoûtant.

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14 Septembre 2017 08:59 - gomeriel jean-yves

Beau clip

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