Théâtre citoyen

« C’est là, c’est pas ailleurs » de Sylvain Huet

La culture, enjeu politique 

La démocratie se (re)construit au quotidien, la culture en est l’un des piliers. Travaux pratiques avec C’est là, c’est pas ailleurs, un documentaire qui retrace avec acuité l’expérience conduite en 2011-12 à Séné, une petite ville de 9000 habitants en bordure de l’agglomération vannetaise et d’une réserve naturelle. Une initiative exemplaire qui combine la construction d’un équipement culturel et la participation - centrale - des habitants dans l’ensemencement de ce lieu. Réalisation concrète d’une politique culturelle : le projet associe professionnels et amateurs, dans l’objectif commun d’une création incarnée par les citoyens. Par chance, il y avait un réalisateur dans les parages, Sylvain Huet, qui a suivi pas à pas ce processus de co-construction où l’on retrouve les fondements d’un théâtre authentiquement populaire... un théâtre qui n’exclut personne, un théâtre qui nous entraîne à écouter, à comprendre, à réfléchir sur notre vie et sur nous-mêmes. 

partage spectacle collectif
C'EST LÀ, C'EST PAS AILLEURS

un documentaire de Sylvain Huet (2013 - 70’)

Parallèlement à l'édification d'un centre culturel, un groupe d’une trentaine de personnes s’engage dans une aventure théâtrale intense qui les conduits à être les premiers à fouler la scène de Grain de Sel, à Séné, dans la périphérie de Vannes.
Ce film relate, vu de l'intérieur, toutes les étapes traversées par les participants qui ont choisi de se lancer, pendant plus de 18 mois, dans cette expérience inédite, de leur rencontre en tête à tête avec l'écrivain Gérard Alle qui a recueilli leur parole et l'a transformée en texte de théâtre, jusqu'aux représentations de Circulez ! Y'a tout à voir !
Joué cinq fois devant plus de mille spectateurs, ce spectacle laisse une empreinte profonde et a marqué de son sceau la naissance de Grain de Sel. 

Au fil de l’aventure

NOTE D'INTENTION

C'est là, c'est pas ailleurs 2

J'ai suivi avec ma caméra toutes les étapes de cette aventure : depuis la rencontre de chacun des protagonistes avec l'écrivain Gérard Alle en avril 2011 jusqu'aux représentations fin septembre 2012, en passant par la construction de Grain de Sel, nouveau centre culturel de Séné au bord du Golfe du Morbihan. 
Le parallèle est évident : d'un coté les fondations, les murs en béton qui se montent, la pose du toit, les finitions...

De l'autre, un échange un peu décousu avec un écrivain, la découverte d'un texte à partir de sa propre histoire, les premières séances de répétitions individuelles, et pour finir, la naissance d'un autre personnage qui se retrouve sur scène et avec lequel on s'amuse.

Où sont donc passés les gens rencontrés il y a un an et demi ? Je ne les retrouve plus au milieu de cette famille de comédiens qui explosent aujourd'hui sur scène !     Sylvain Huet

Un parcours émancipateur
C'est là, c'est pas ailleurs sylvain huet

par Jean-Michel Lucas, maître de conférences en sciences économiques et activiste de politiques culturelles

Le film commence comme si de rien n'était ! Par un équipement culturel en construction (un de plus), avec le paysage d'une mer de béton qui fait contraste avec les eaux du golfe. Nous sommes dans le Morbihan à Séné où Grain de sel veut affirmer son identité de centre culturel municipal par une action faite pour et par les habitants en vue d'illuminer le jour magique de son inauguration. 
On connaît cette tendance : donner à l'habitant une place sur la scène culturelle pour contrebalancer les lourdes institutions artistiques qui se contentent de présenter des œuvres toutes faites à leur public. Ces réalisations qualifiées d'arts participatifs se multiplient et l'on comprend peu à peu que ces mobilisations d'habitants possèdent d'infinies vertus qui les rendent nécessaires. 
Pour autant, le jeu de l'art n'est pas toujours si tendre et il est de plus en plus difficile de cacher les impasses et illusions qui accompagnent ces pratiques d'artistes avec des habitants ! 
D'abord, parce que la première tentation de l'art est d'imposer ses valeurs esthétiques à tous les autres, à l'image du ministère de la culture qui ne se lasse pas de sélectionner, souverainement, les œuvres capitales de l'art et de l'esprit pour l'humanité toute entière, comme nous le rappelle son décret constitutif ! 


Heureusement, Circulez, y'a tout à voir n'est pas tombé dans ces panneaux de l'art prétentieux. Le film se glisse entre les acteurs pour nous montrer lucidement que la promesse du beau est faite de questionnements. L'hésitation, l'incertain, l'opacité même de nos univers sensibles sont autant de passages inévitables dans le chemin de l'art. L'œuvre se parcourt avec ces temps d'attente où rien ne semble se faire, ces temps d'hésitations où rien ne semble encore s'accomplir, ces temps de monstrations qui ne semblent parfaits qu'un instant. Le principe de la création permanente est, pour reprendre Robert Filliou, un entrelacement du pas fait, mal fait, bien fait ! Le film a donc, lui, bien fait de ne rien occulter de ces parcours sinueux des libertés d'expression artistique. 
Question tout aussi émouvante : celle de la place des habitants. Simple comme une évidence, la présence de l'habitant dans le projet culturel est pourtant suspecte. L'habitant est effectivement là, on le voit dans le film, mais le premier habitant ne ressemble en rien au deuxième habitant, ni au troisième, ni à aucun autre d'ailleurs. Aucun des habitants que le film nous dévoile ne peut être enfermé dans ce rôle homogène qui les ferait tous « habiter » un même lieu bien identifié. 
Le film, dans son souci du détail, nous fait plutôt voir que l'habitant est d'abord un être unique dont l'imaginaire n'est pas attaché en laisse à son logis ! L'habitant n'est plus alors qu'un mauvais mot qui fait place à des personnes en dignité. Des personnes dont la parole libre s'extrait d'une histoire singulière qui ose progressivement se découvrir et se revendiquer aux autres. Des personnes qui voient monter, au fil de l'expérience théâtrale, leur liberté d'être, d'affirmer leur propre sensibilité et surtout leur capacité à interagir avec les autres. Des personnes engagées dans un parcours émancipateur, dont le film nous rend compte avec douceur et pertinence. 
C'est pourquoi je voudrais dire que je n'ai vu, dans le film, que des personnes de « culture ». Non pas de « culture » réduite à notre mauvaise habitude de l'associer à des produits attrayants consommés en soirée des temps de loisir, mais de « culture » au sens où les identités culturelles de chacun s'entrecroisent, interagissent, se connectent pour faire œuvre commune, pour faire un peu mieux humanité ensemble. Culture au sens de la Déclaration de Fribourg sur les droits culturels des personnes.
Circulez, y'a tout à voir nous réveille ; il nous prouve que dire « culture » n'est pas une étiquette sur les rayons des services offerts et demandés, mais une promesse de réalisation de soi traduite par une plus grande capacité d'agir. 
Pour autant, il ne faudrait pas croire en ces temps d'épuisement de la politique culturelle traditionnelle qu'il suffirait de copier ces mots pour faire de l'art participatif un nouvel eldorado. Il faut plus, il faut une pratique de l'humilité, une attention aux bonnes raisons de chacun, une compétence avérée dans les techniques de l'expression des sensibles et un sens aiguisé de la considération que l'on doit à celui qui vous confie une part de son imaginaire. L'équipe des professionnelles et professionnels qui a pris la responsabilité du projet Circulez, y'a tout à voir a su faire tout cela. Elle a su garantir une pratique juste et exigeante, pour que les personnes accèdent à ce monde de plus de libertés, de plus de dignités, de plus de capabilités alors que tout autour de nous s'accumulent des individus isolés en quête de leur satisfaction propre. (Même dans les centres culturels !). En somme, elle a fait grandement culture comme l'espère, dans ses premières lignes, la Déclaration universelle sur la diversité culturelle de l'Unesco en 2001. 
Dans l'archipel des îles du golfe, l'équipe a tissé la force humaine, celle qui permet de choisir son chemin en s'imprégnant des chemins des autres, celle qui permet de dire comme d'Edouard Glissant : je change, par échanger avec l'autre, sans me perdre pourtant ni me dénaturer. Merci de nous faire penser que « la » culture peut être cela, une capacité accrue de relations en rhizomes avec les autres. Espérons que les politiques culturelles sauront privilégier beaucoup d'autres réalisations collectives de même facture qui, mieux que les grandes épiceries culturelles, font avancer au rythme serein de la godille, le frêle esquif du développement humain. 

SYLVAIN HUET

BIOGRAPHIE

Sylvain Huet réalisateur C'est là, c'est pas ailleurs

C’est dans le montage cinéma, muni de sa colleuse à scotch qu’il fera ses débuts, et plus particulièrement dans le film de sport. Très vite, il monte sa propre société de production, TUTTI Production, spécialisée dans la communication.
Dans les années 80, il décide de faire route en solitaire, dans le monde du reportage et du documentaire. Travaillant auprès de réalisateurs très variés, il est aussi à l’aise dans un reportage politique, un film d’aventure ou un documentaire parmi les Aborigènes australiens. Son fil conducteur a toujours été l’intérêt pour les rencontres et les découvertes de milieux ou de personnages apparemment éloignés les uns des autres.


Ceci le conduit à côtoyer de près la chaîne ARTE pendant une dizaine d’années, travaillant régulièrement pour des émissions tel que le 8 ½ qui deviendra ARTE Info, le Journal de la Culture, le Dessous des Cartes ou encore Contre l’Oubli, magazine des droits de l’homme…
C’est finalement dans le Morbihan qu’il décide de jeter l’ancre, et sa passion pour la mer et la voile l’amène immédiatement à créer Avis d’éclaircies, association spécialisée dans l’image de mer, tant sur la course à la voile que sur les thèmes de l’environnement.

Je savais qu'il se passerait des choses intéressantes

REVUE DE PRESSE

Le Télégramme >>> Installé depuis six ans en Bretagne, Sylvain Huet a longtemps travaillé pour le journal de la culture d'Arte. 
L'envie d'un autre rythme a poussé le reporter vers Vannes. En 2011, lorsque sa compagne, Laurence Pelletier, se lance dans un projet de théâtre avec les habitants de Séné, il s'embarque aussi dans cette aventure au long cours. 

France 3 Bretagne >>> reportage tourné au moment de la création du spectacle 

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