Feuilles libres

« Feuilles libres » de Pierre-François Lebrun
reconstruction marginalité collectif

Au centre pénitentiaire de Rennes, un groupe de détenues réalisent avec l'aide de graphistes et de journalistes indépendants, un magazine féminin pas tout à fait comme les autres. Citad'elles n'est pas un simple journal de prison bricolé avec les moyens du bord, c'est une vraie revue trimestrielle (36 pages, 600 exemplaires), de qualité professionnelle, distribuée dans cette prison à Rennes ainsi que dans d'autres établissements pénitentiaires de l'ouest ; et elle est disponible en ligne pour le grand public. C'est aussi un projet artistique et culturel innovant, qui permet aux rédactrices de développer leurs capacités d'expressions littéraires et graphiques. C'est surtout une aventure humaine où l'on prend plaisir à échanger ses idées, où l'on apprend à débattre, à travailler ensemble avec un objectif commun ; une expérience valorisante, qui permet aux détenues de prendre la parole et de retrouver l'estime de soi.


Deux fois par semaine, autour des ordinateurs ou dans la salle d'arts plastiques, lors d'un atelier de gravure ou d'une conférence de rédaction, un collectif est à l'œuvre, des liens se tissent, entre détenues mais aussi avec les intervenants, les visiteurs, interviewés d'un jour, et le monde extérieur. Des solidarités s'inventent lors de la rédaction d'un article. On s'entraide pour mettre en forme ses idées, corriger l'orthographe, choisir une illustration. On s'amuse aussi beaucoup. Selon les ateliers, Delphine, Alain, Audrey et Agathe accompagnent les rédactrices en herbe. Journalistes et graphistes professionnels, ils sont là pour faire émerger leur parole, les aider à organiser leur discours et à les mettre en image, toujours avec bienveillance. Au fur et à mesure, les contenus s'enrichissent de la documentation amassée, les points de vue s'affinent, les images apparaissent. Il faut trois mois et plus d'une quinzaine de rendez-vous pour que le journal prenne sa forme définitive. On y trouve des articles de fond sur des phénomènes de société, des portraits et des témoignages, des fiches-cuisine, des conseils de beauté, de décoration, et des enquêtes très documentées sur des questions liées à la détention et à la vie carcérale. Les illustrations sont colorées, décalées et drôles. La livraison de l'édition imprimée tout juste sortie des rotatives est une apothéose où se mêle, pour chacune, la joie d'avoir mené le projet à son terme et la fierté de voir ses textes et ses images diffusés, couchés dans un bel objet de papier qui sera lu ici et ailleurs... bien au-delà des murs aussi.

FEUILLES LIBRES

une série documentaire de Pierre-François Lebrun (2017 - 5 x 8')

Épisode 1 / Épisode 2 : Premières lignes

Épisode 3 : De bouches à oreilles / Épisode 4 : Des chiffres et des êtres

Épisode 5 : Le bouclage

Être là, tout simplement

INTENTION
Feuilles libres citad'elles

J'ai découvert Citad'elles au festival Images de Justice à Rennes. La qualité de la revue, sa mise en page et ses illustrations, ont tout de suite accroché mon regard. Ensuite, ce sont la liberté de ton, la diversité des sujets abordés et la profondeur des propos qui m'ont séduit. On trouve à la fois dans Citad'elles ce que l'on trouve dans un magazine féminin classique, mais aussi une dimension plus grave, un supplément d'âme, liés au contexte de sa création. Ma rencontre avec Anne-Héloïse Botrel, coordonnatrice culturelle à la prison, et avec l'équipe des Établissements Bollec, l'association qui encadre le projet, m'a conforté dans mon désir de témoigner de cette expérience hors du commun. 


À la prison, où je pensais trouver de la grisaille et du sordide, j'ai été frappé par la beauté qui régnait dans l'atelier de rédaction, une beauté gagnée sur le tragique, à l’intérieur du tragique. Beauté de la création, des mots qui s'inscrivent sur les écrans, beauté des échanges entre les intervenants et les participantes, beauté des rires, des regards concentrés, des doigts qui hésitent sur le clavier, de leur humanité. Sans chercher à travestir la réalité de la détention, il s’agit là de transcender sa dureté, d’en extraire la part de lumière. C’est le rôle du documentaire de poser un regard sur une réalité. Celle de la prison est bien souvent galvaudée par les médias qui alimentent les fantasmes et la peur du public. J’ai voulu faire perdre à ce lieu son inquiétante étrangeté. Pour moi, les participantes du projet Citad'elles ne sont pas d'effrayantes criminelles ni d'émouvantes exclues de la société. Ce ne sont pas des "cas humains". Je ne cherche pas à faire à travers elles de la dénonciation ou du sensationnalisme. Au contraire, mon désir est d'abolir la distance et faire que les spectateurs aient le sentiment d'être un peu chez eux dans ces salles où deux fois par semaine, des femmes expriment sans concession leurs goûts et leurs passions, leurs révoltes et leurs combats, où des personnalités se dévoilent et s'affirment, où la convivialité, l'humour et l'attention profonde que chacun porte à l'autre, témoignent d'une tentative originale de créer du lien social et du vivre ensemble, malgré les barreaux aux fenêtres. 
Ce projet a d'abord été une affaire de rencontres. Cela a demandé du temps, de la disponibilité et de l'attention. Se faire accepter, expliquer la démarche du projet, montrer que l'on veut construire quelque chose avec ceux que l'on va filmer, et surtout être là, tout simplement. Aller à la rencontre de l'autre et faire les choses ensemble pour que le film soit à son tour pour le spectateur, une rencontre.     Pierre-François Lebrun

PIERRE-FRANÇOIS LEBRUN

BIOGRAPHIE
Pierre-François Lebrun
Après des études de cinéma à Paris III, Pierre‐François Lebrun travaille comme scénariste pour la télévision puis comme assistant‐réalisateur.
En 1993, il passe à la réalisation avec un court métrage de fiction, Les morts ont des oreilles, remarqué dans de nombreux festivals internationaux.
Il a réalisé depuis une douzaine de documentaires pour les chaînes du service public autour de l'histoire: À la recherche du temps vécu, Kerfank, la colline oubliée (prix du documentaire aux Rendez‐vous de l’Histoire de Blois), Anne de Bretagne, l’héritage impossible ; les villes portuaires et les mutations urbaines : Nantes, mémoires d'escale, La ville, le fleuve & l'architecte, Dunkerque, d'un port à l'autre, Entre deux eaux, les métamorphoses d’une île ; les gens de mer : Des hommes à l'amarre, Des feux sur la mer (prix de la Marine Nationale au Festival du Film Maritime de Toulon), La mine sous la mer, Boat movie.

En 2014, Pierre‐François Lebrun tourne durant une année Du cœur au ventre, chronique d'un séjour au restaurant social de Nantes, à la rencontre de ceux qui d'habitude échappent à notre regard.
En 2017, il poursuit cette démarche de proximité et d'apprivoisement mutuel avec la série documentaire Feuilles Libres tournée durant quatre mois au plus près des détenues du Centre Pénitentiaire pour Femmes de Rennes.

Il vit à St Jacques‐de‐la‐Lande près de Rennes et travaille actuellement sur son prochain film Colères d'affiches, portrait du célèbre graphiste Alain Le Quernec.

LES ÉTABLISSEMENTS BOLLEC

Les Établissements Bollec, association loi 1901, sont un collectif de dessinateurs, d’auteurs, de graphistes créé en 2005, désireux de mettre leurs compétences à disposition de tous, proposant une approche décalée et joyeuse du dessin et du graphisme, de la bande dessinée, du journalisme, avec des ateliers, des expositions itinérantes, des modules de formation.
Le projet Citad'elles a été initié par Les Établissements Bollec avec La Ligue de l'Enseignement 35.

Au sommaire : droits des détenues, sexualité en prison...

REVUE DU WEB
Feuilles Libres citad'elles

Libération >>> Accompagnées de professionnels, ces femmes qui arrivent en fin de peine « acquièrent l’expérience de la création d’un journal de A à Z », explique Alain Faure. À elles ensuite de former les futures rédactrices des numéros suivants avant leur sortie. 

L’OBS >>> Dans la salle de rédaction, la course des doigts sur le clavier, parfois hésitants, est de temps en temps interrompue par des discussions animées. Ici il y a des timides, des exubérantes, des fonceuses qui conçoivent un magazine abordant droits des détenues, cuisine, sexualité en prison, déco, maquillage... 

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