Bécherel, pour l’amour des livres

Le jour et la nuit de Lucie Rivolaen et Cédric Drollée

Par la volonté de ses habitants et d’une association, Savenn Douar, Bécherel est devenue La cité du livre à la fin des années 80, dans le but de créer une dynamique culturelle et économique dans un monde rural en voie de désertification.

Lucie Rivolaen, réalisatrice : Je suis tombée amoureuse de Bécherel un soir sous la pluie, à la tombée de la nuit. Je l’ai rencontrée au petit matin un café et un livre à la main. Quelques années plus tard, je tombe de nouveau en amour, je rencontre Cédric originaire de Bécherel. Notre film Le jour et la nuit est une déclaration.

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LE JOUR ET LA NUIT

un film de Lucie Rivolaen et Cédric Drollée (12’40, 2013)

L’amour des livres est sans limite. Jour et nuit, ils sont restaurés, classés, répertoriés par une femme dans sa vieille demeure de Bécherel. Ils s’accumulent sur ses étagères, s’entassent, au point de devenir envahissants. Ils chuchotent comme les chats ronronnent, semant des bribes de littérature à qui veut les entendre. La cité des livres est aussi celle des chats, à qui la littérature rend hommage. Un voisin, vit lui aussi entouré de livres… mais en compagnie d’un chien. 

Au cœur du village se dresse une armoire au fronton de laquelle est inscrit : RECEVOIR – DONNER. Ses portes s’ouvrent sur une sorte d’autel où vous attend un livre et où vous pourrez en délaisser un autre. Le jour et la nuit : portes ouvertes sur l’imaginaire suscité par la lecture.

ARMOIRE À LIVRES

Je peins donc je suis / Le jour et la nuit

Ce film est le récit d’une rencontre. Une alchimie en devenir, catalysée par l’amour de la littérature… et par l’apparition d’une armoire sur l’espace public.

Deux personnages muets, presque inexpressifs, se découvrent à travers les mots des autres. Le jour et la nuit est un film centon : une œuvre plastique et littéraire construite à partir d’autres œuvres littéraires. Les extraits des textes structurant le film sont utilisés en tant que motifs visuels et sonores. Phrases, mots et lettres sont vus et entendus. Ils débordent tels une voix intérieure sur les actions qui se déroulent ; la voix intérieure des personnages du film résonnant sur histoire, apportant à la vie le sel de la poésie. 

Le personnage de Jojo est largement inspiré de la vie et de la personnalité de Jocelyne Lebrun, ancienne libraire de Bécherel. Elle joue dans le film son propre rôle. Jojo est une femme secrète, passionnée par les livres, casanière, enfermée dans l’espace de sa librairie à la lanterne rouge : On the road. Cette librairie est l’antre des mots, le refuge des auteurs et des images poétiques, une source où puise la libraire. 


Le personnage de l’homme, le voisin, est issu de situations vécues quotidiennement : cʼest le voisin chiant. Celui qui t’engueule quand tu gares ta voiture dans la ruelle. Derrière sa carapace bourrue de solitaire, il cherche à nouer une relation privilégiée avec un humain. Il a un petit chien, Jojo a un chat. Autant dire que tout les oppose, si ce n’est leur passion de la littérature. 

L’élément qui déclenche leur rencontre est l’apparition d’une armoire dans le bourg de Bécherel. Une armoire à livres. Cette armoire fait référence aux initiatives de plus en plus florissantes d’espaces d’échanges de livres sur la voie publique. En commençant d’écrire ce film, nous nous sommes posés une question : et si ce type d’initiative donnait naissance à une correspondance ? 

Ce film est un objet étrange car il emprunte la structure d’une narration classique sans vraiment faire avancer une histoire. En cela, il déstabilise car il ne répond à aucune attente, n’a aucune réponse à donner. C’est une modulation sur le thème de la rencontre nourrie par un univers poétique qui finit par aspirer les protagonistes. 

Ces personnages n’ont pas réellement d’enjeu mais ils sont inspirés et leurs inspirations les mettent en lien. La poésie est dans l’air qu’il-elle respirent.

Nous retrouvons dans le processus de réalisation la dimension parcellaire de ce film qui a été fabriqué comme un puzzle auquel chaque participant a apporté une nouvelle pièce. Jocelyne Lebrun a activement participé à l’écriture de ce film qui s’est premièrement construit comme un échange littéraire entre elle et Lucie Rivoalen. À partir de ces textes mis en dialogue nous avons donné corps au film.

LUCIE RIVOALEN ET CÉDRIC DROLLÉE

BIOGRAPHIES
Lucie Rivoalen et Cédric Drollée

Cédric Drollée
Je suis né à Dinan le 12 avril 1976. Mes origines sont paysannes, ancrées dans la région. Durant l'enfance j'ai découvert l'expression créative. Je l'ai vite préférée à toutes les autres formes d'expression. Ma scolarité fût laborieuse, et c'est après 2 années à la faculté de psychologie que je découvre mon média : la vidéo. 
Je décide alors d'apprendre à faire un film et j'intègre l'ESRA Bretagne pour 2 ans. J'arpente ensuite l'industrie bénévole du court-métrage à Paris, puis je reviens à Rennes et découvre Kino.


Grâce à ce réseau j'ai appris à créer avec les autres, à manipuler des idées et à les transformer en film regardable. J'ai également découvert la vidéo mélangée à des spectacles live. Le plus important pour faire un film c’est : l'idée, son ancrage dans la réalité, la liberté de sa forme et des mélanges nécessaires à sa réalisation ! 

En ce moment je fais des films avec des jeunes dans le milieu associatif, et je développe mon projet du moment : une fiction autour des rencontres que fait une jeune femme qui ramasse des déchets sur les plages, le bord des routes...

Lucie Rivoalen
Après une enfance dans le Finistère Nord, Lucie Rivoalen découvre au lycée les possibilités d'expression du médium cinématographique. Elle poursuit son apprentissage essentiellement théorique à l'université. Elle passe une licence en écriture de scénario à l’université Libre de Bruxelles puis une maîtrise en études cinématographiques à Rennes II. Là-bas, elle est rapidement happée par la vitalité de son réseau associatif et s'engage chaque année davantage sur la réalisation de ses propres créations dans les champs de la vidéo puis du théâtre.


En 2009, elle intègre l’équipe de l’association Zéro de conduite qui met en place des ateliers pratique d’éducation à l’image ainsi que de la production audiovisuelle. 

Pendant plus de cinq ans, le collectif Kinorennes lui permet de concrétiser son désir d'un cinéma vivant en présentant au public tous les deux à trois mois des films courts originaux et spontanés. Parallèlement, elle travaille en tant que vidéaste et monteuse pour le spectacle vivant. En 2012, elle co-signe avec Cédric Drollée une performance vidéo interactive Freaks Show

Ses dernières années de pratiques sont marquées par des expérimentations d’hybridations entre différentes formes artistiques : théâtre et vidéo, super 8 et numérique, amateur et professionnel. Ces créations sont animées par les possibilités quasi infinies de cet art collectif. 

Aujourd’hui, elle se consacre à la transmission et au partage du médium vidéo avec des amateurs. Elle ancre sa pratique dans une démarche d’éducation populaire et met son savoir faire à contribution d’idées créatives qui œuvrent à une transformation sociale. 

Elle avance également des projets personnel d’écriture de fiction et de documentaire. 

Filmographie : Chris, 2015 - Notre colère, 2015 - Ma Bro (esquisse), 2014 - Freaks Show (performance), 2012 - Bal à tous les âges (film participatif), 2012 - Création et régie vidéo sur La nuit de l’escargot qui luit (spectacle jeune et tout public), 2012

BÉCHEREL, PHASE DE LANCEMENT

ARCHIVE

Les archives de l’INA – l’Ouest en mémoire, nous permettent de revenir aux années 80, quand le projet en était au stade embryonnaire. 

Pour Colette Trublet, l’initiatrice du projet, économie et culture ne sont pas antinomiques, mais, bien au contraire, sont complémentaires. L'association souhaite développer le concept d'entreprise culturelle pour créer une activité professionnelle, économiquement viable, ayant pour fondement la culture. En ce sens, Savenn Douar incarne la rencontre de deux tendances fortes de ce début des années 1980. Avec l'arrivée au pouvoir de François Mitterrand, la culture devient une valeur positive et créatrice de sens. Le ministère de la culture tient une place importante au sein du nouveau gouvernement.

Un concentré de bouquinistes

REVUE DU WEB

Le Monde >>> Les "villages du livre" ne connaissent (presque) pas la crise 
Une boulangerie, deux coiffeurs et dix-huit librairies pour un seul village : cherchez l'erreur ? Il n'y en a pas. La commune bretonne de Bécherel (Ille-et-Vilaine, 750 habitants) a été la première en France, en 1989, à se métamorphoser. Des vestiges du quartier médiéval, condamné, croyait-on, à la mort lente, elle a fait une cité du livre : un concentré de bouquinistes spécialisés dans l'ouvrage ancien et l'occasion... 

L’Express >>> Le village d'irréductibles libraires 
Lancée en 1989 pour redonner vie au village breton de Bécherel, ancienne place forte médiévale enrichie par le commerce du lin et du chanvre mais désertée dans les années 60, la Cité du livre compte aujourd'hui 16 librairies d'occasion, contre six au début de l'aventure. Elle attire plusieurs milliers de visiteurs lors des Fêtes du Livre, à Pâques, et a fait des émules dans sept villages en France. 

Bretons mag >>> Bécherel tente de résister à Internet 
Dès la seconde moitié du 20e siècle, Bécherel devient un cas d’école en matière d’exode rural. Le village se vide et perd sa jeunesse, la moyenne d’âge est élevée comme jamais, les commerces mettent la clé sous la porte et les maisons du centre, abandonnées, sont à vendre. Il faut donc réagir, et vite. 

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